Hier encore, Arsenal n’avait pas soulevé de titre majeur depuis des années ; pourtant, dans plusieurs pays africains, l’attachement au club londonien reste intact. À Nairobi, au moment où les Gunners se qualifiaient pour la finale de la Ligue des champions, cette fidélité s’est encore vue dans un bar de banlieue où des supporteurs kényans ont célébré bruyamment une équipe à laquelle ils continuent de se reconnaître.
Pourquoi Arsenal garde-t-il une place aussi forte dans l’imaginaire de nombreux supporteurs africains ? Parce que, pour plusieurs d’entre eux, le lien est né il y a vingt ans autour de joueurs noirs qui occupaient une place centrale dans l’équipe. Nana Owiti, influenceuse kényane, raconte ainsi que Thierry Henry l’a d’abord attirée vers Arsenal, avant que Sol Campbell, Kolo Touré et d’autres ne renforcent ce sentiment. Ce qu’elle retient, c’est que ces joueurs lui « ressemblaient » et que leur présence nourrissait chez elle un sentiment d’appartenance.
Quels visages ont façonné cette identification ? Le récit remonte à Ian Wright, puis à Henry, Vieira, Sylvain Wiltord, William Gallas, Nicolas Anelka, Kolo Touré ou encore Emmanuel Adebayor. Des joueurs blancs comme Robert Pires, Emmanuel Petit et Cesc Fabregas faisaient aussi partie des cadres, mais dans les témoignages recueillis, c’est bien la visibilité de nombreux joueurs noirs qui revient comme moteur d’adhésion. Rencontré à Nairobi, le Zimbabwéen Leslie résume ce ressort : à 12 ans, il voyait parfois Arsenal aligner neuf joueurs noirs sur onze, ce qui lui permettait de s’identifier à l’équipe.
Quel rôle Arsène Wenger a-t-il joué dans cette histoire ? Pour Leslie, il est une raison directe de son attachement au club. Cette idée est reprise par Emeka Cyriacus Onyenuforo, président du club des supporteurs d’Arsenal au Nigeria, qui voit en Wenger un facteur clé parce qu’il a construit une équipe « unifiée » et plurielle. L’arrivée de Nwankwo Kanu en 1999 a ensuite renforcé l’implantation des Gunners au Nigeria, tandis qu’en Éthiopie, Akalework Amde explique que beaucoup de supporteurs pensent qu’Arsenal donne la priorité aux joueurs africains.
Comment cette passion s’est-elle installée durablement ? Elle a coïncidé avec une période de résultats marquants : trois titres de champion d’Angleterre en 1998, 2002 et 2004, une série de 49 matches sans défaite en 2003-2004 et une finale de Ligue des champions perdue 2-1 contre Barcelone en 2006. Dans le même temps, comme le rapporte RFI Sports en reprenant ces éléments, la Premier League étendait sa présence dans les foyers africains via la chaîne sud-africaine Supersport, ce qui a donné à cette équipe une visibilité encore plus forte.
Qu’est-ce qui montre que cet attachement dépasse aujourd’hui la seule génération Henry-Vieira-Kanu ? Robbie Lyle estime que si l’Afrique a commencé à aimer Arsenal à cause de ses joueurs noirs, les supporteurs africains aiment désormais le club pour ce qu’il est. La scène observée mercredi à Nairobi l’illustre : vuvuzelas, fumigène allumé par James Midumbi et joie collective après la qualification en finale. Et même dans cet instant tourné vers les nouveaux Gunners, Midumbi est aussitôt revenu à Thierry Henry, « qui m’a fait aimer le foot et Arsenal », puis à Arsène Wenger, qui faisait signer beaucoup de joueurs noirs. Récit initialement publié par RFI Sports.