Dangote choisit Lamu pour sa méga raffinerie, mais sans financement ni approvisionnement en brut

Aliko Dangote a finalement arrêté son choix sur Lamu pour accueillir sa future méga raffinerie d’Afrique de l’Est, d’après une annonce faite à l’AFP le 7 juillet par un haut responsable du groupe nigérian. Le choix met un terme à un feuilleton où Tanga, en Tanzanie, et Mombasa, au Kenya, ont successivement tenu la corde. En mai, Dangote avait en effet confié sa préférence pour le port kényan, tout en se rangeant derrière William Ruto : « Whatever President Ruto says is what I’ll do », déclarait-il. Finalement, c’est Lamu qui l’emporte.

La nouvelle installation, dont la capacité initialement envisagée était de 650 000 barils par jour, vise désormais 700 000 barils par jour, quasiment le double de la raffinerie que Dangote exploite déjà au Nigeria. Sa construction durerait environ 30 mois, selon le vice-président chargé du pétrole et du gaz, Edwin Devakumar, comme l’a également rapporté Jeune Afrique.

Un projet encore loin du compte

Mais les obstacles restent nombreux. Aucun accord de financement n’a encore été trouvé et, surtout, l’origine du brut qui alimentera cette unité géante demeure incertaine, soulignent des experts interrogés par l’AFP. Le président Ruto a évoqué en avril un approvisionnement possible depuis la RDC, le Soudan du Sud, l’Ouganda et le Kenya lui-même. Problème : l’or noir kényan, dont l’extraction est annoncée pour la fin de l’année, ne coulera qu’en faibles quantités. Les 20 000 barils quotidiens de la RDC sont produits sur la côte atlantique, à 3 000 km de Lamu.

La production du Soudan du Sud, estimée à 174 000 barils par jour selon Juba, pourrait constituer une source plus significative. Mais le projet d’oléoduc de 1 500 km censé relier les champs pétroliers au port kényan est bloqué depuis plus d’une décennie, en raison de l’insécurité persistante dans le pays. Son coût est évalué à 1,5 milliard de dollars.

Reste le brut ougandais, le seul à pouvoir être disponible à court terme dans la région. Sa production doit démarrer en 2027, une fois achevé l’oléoduc Eacop qui le transportera jusqu’à Tanga, en Tanzanie. Mais ce pipeline ne pourra fournir qu’au maximum 246 000 barils par jour, dont 60 000 sont déjà réservés par Kampala pour sa propre mini raffinerie à venir. Surtout, TotalEnergies, qui exploite l’essentiel des puits ougandais, devra accepter de vendre son pétrole à Dangote. Or, la raffinerie nigériane du conglomérat a déjà fortement érodé les marges du géant français sur place.

Dans ce contexte, l’analyste Wambui Njehu Nzigo, de Control Risks, citée par l’AFP, estime à « des décennies » le temps nécessaire pour mener le projet à son terme. Sollicitée par l’AFP, TotalEnergies n’a pas souhaité faire de commentaire.

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