Ils étaient demi-frères, mais leur lien dépassait la seule parenté. El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh considérait Serigne Babacar Sy comme un marabout et un guide, avec une déférence qui réglait jusqu’à ses gestes les plus simples.
La relation entre Dabakh et Serigne Babacar Sy reposait sur une affection réciproque et une profonde reconnaissance spirituelle. Dabakh disait que, sur une balance, l’amour qu’il portait à son aîné pèserait mille fois plus que celui de l’ensemble des Sénégalais réunis. Comme l’écrit dakar92, cette relation constitue l’un des récits familiaux mis en avant dans le livre de Sidy Diop, « Dabakh, la pédagogie de la bonté ».
Une patience guidée par la dévotion
En présence de Serigne Babacar, premier khalife de leur père Seydil Hadji Malick Sy, Abdoul Aziz gardait les yeux baissés. Il le reconnaissait comme son maître sur le chemin spirituel et ne se comportait pas avec lui comme avec un simple frère aîné.
Un jour, appelé au domicile du khalife, il s’installa dans un coin et attendit. Serigne Babacar, absorbé par ses dévotions, passa plusieurs fois devant lui en se rendant à la mosquée, sans l’inviter à entrer. Abdoul Aziz resta silencieux durant des heures, estimant qu’un disciple ne devait pas frapper à la porte de son marabout.
Cette attitude se retrouvait dans sa tenue et dans ses habitudes. Lorsqu’il rendait visite à son frère, il privilégiait des vêtements sobres, évitait les boubous voyants et ne prenait pas place sur le lit de Serigne Babacar. Il n’entrait pas non plus dans sa chambre sans y être convié.
La bonté attribuée à Abdoul Aziz apparaissait aussi dans ses rapports avec les enfants de son aîné. Serigne Mansour Sy et Serigne Cheikh s’agrippaient à ses vêtements lorsqu’il arrivait, tandis que Serigne Babacar observait la scène avec un sourire. Interrogés sur celui qu’ils aimaient le plus, les enfants répondirent : « Papa, nous t’aimons énormément, mais Papa Abdou est aussi très gentil. »
