Le Sénégal peut-il encore organiser un référendum constitutionnel en 2026 ? La réponse est négative, tranche le Dr Cheikh Diallo dans un entretien accordé à Seneplus. Juriste et politiste, fondateur de l’École d’Art Oratoire et de Leadership (EAO), il décrypte une situation politique bloquée par la guerre des légitimités au sommet de l’État.
Depuis plusieurs semaines, la scène politique est marquée par la séparation des « frères siamois ». Le 1er juin, Ousmane Sonko avait déjà acté son désaccord en annonçant que le Pastef ne participerait pas au gouvernement. Puis, le 30 juin, le groupe parlementaire du parti, fort de 130 députés, a imposé ses propres amendements à la proposition de révision constitutionnelle. Aujourd’hui, le Dr Diallo souligne que le Sénégal évolue dans une « cohabitation à la sénégalaise », où le président Faye détient la légitimité constitutionnelle tandis qu’Ousmane Sonko conserve la légitimité charismatique et le contrôle du parti.
Cette configuration, selon l’enseignant-chercheur, rend impossible l’organisation du référendum. Le président Bassirou Diomaye Faye avait évoqué cette voie après l’adoption des amendements parlementaires. Mais la majorité parlementaire, contrôlée par le Pastef, rejettera toute loi de finances rectificative destinée au financement du scrutin. Le gouvernement n’aurait alors aucune autorisation budgétaire, et le recours aux crédits globaux serait juridiquement contestable. « Avec la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, le référendum ne se tiendra pas cette année », martèle le Dr Diallo.
L’analyste met en garde contre le risque de paralysie des urgences sociales. « L’électeur juge rarement un mandat sur des audits, des réformes constitutionnelles ou structurelles. Il le juge sur le coût de la vie, l’emploi et le pouvoir d’achat », rappelle-t-il. Malgré une baisse ponctuelle de certains prix et des efforts de rationalisation, le chômage et la précarité chez les jeunes restent préoccupants. Pour le Dr Diallo, le principal revers de ce mandat est la rupture entre les deux hommes, dont ils sont « tous les deux co-responsables ».
Pendant ce temps, la société civile s’impatiente. Le mouvement Y en a marre a, le 28 juin, exigé un référendum et interpellé le chef de l’État pour qu’il clarifie sa position.
