Cité de Jaxaay : le paradoxe d’un projet conçu contre les inondations

« Investissons-nous au bon endroit, avec les bonnes études, les bonnes infrastructures et une véritable vision territoriale de long terme ? » Cette question résume le paradoxe de Jaxaay, une cité créée pour mettre des familles sinistrées à l’abri des inondations et désormais confrontée à ce même risque.

À Dakar, notamment à Pikine, Guédiawaye et Keur Massar, les pluies provoquent régulièrement des quartiers submergés, des routes impraticables, des déplacements de familles, des habitations dégradées et des pertes économiques. Le phénomène s’est installé dans la durée depuis les grandes crises apparues à la fin des années 1980, avec des épisodes particulièrement marquants en 2005, 2009 et 2012. Entre 2005 et 2009, près de 382 000 personnes auraient été touchées dans l’agglomération dakaroise.

Le Plan Jaxaay est lancé par l’État du Sénégal après les inondations de 2005. Doté de 52 milliards de FCFA, il devait notamment permettre la construction de 4 000 logements sociaux pour les populations sinistrées. Mais la cité de Jaxaay connaît à son tour la stagnation des eaux, l’humidité dans les logements et les remontées de la nappe phréatique.

Le Plan Jaxaay et les inondations à Dakar illustrent ainsi les limites d’une réponse qui n’a pas suffisamment articulé choix fonciers, études préalables, assainissement et drainage. Des habitants dénoncent l’absence ou l’insuffisance de réseaux d’évacuation, ainsi que des aménagements réalisés sans dispositifs adaptés.

Comme l’écrit EnQuête+, trois fragilités ressortent de cette situation : des études préalables jugées insuffisantes, l’arrêt de travaux qui n’a pas permis de respecter certains engagements et des incohérences politiques dans l’exécution du programme. Les ouvrages d’assainissement et de drainage prévus dans la conception initiale n’auraient pas été pleinement réalisés avant l’installation des populations.

Le constat rejoint un diagnostic technique présenté le 29 juin 2026 : une étude de Technosol Ingénierie-Aci a établi que 95 % des ouvrages de drainage du réseau routier de Dakar nécessitaient une intervention urgente ou prioritaire. Le chef de mission, Abdourahmane Mbengue, a indiqué que ces équipements ne permettaient pas une évacuation correcte, continue et sécurisée des eaux pluviales.

Les auteurs préconisent de mieux intégrer les risques dans l’urbanisme, d’éviter l’occupation des zones fortement exposées et, si nécessaire, de relocaliser les populations les plus vulnérables. Ils citent aussi les bassins de rétention, les stations de pompage, les réseaux de drainage, les voiries favorisant l’infiltration et l’entretien régulier des équipements.

Ils recommandent enfin une cartographie précise des zones à risque, des systèmes d’alerte, des plans d’urgence locaux, des lieux d’évacuation, des équipements de secours et des actions de sensibilisation. L’article est signé par Ndemba Diallo, géographe, urbaniste et aménagiste, ainsi que Papa Gueye Sow, doctorant en géographie affilié aux laboratoires LEIDI et LPED/IRD.

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