Le Centre Culturel Régional Blaise Senghor a accueilli hier l’exposition « Acelerada Quietud / Trabajo en proceso : Laboratorio de la circulación » de l’artiste espagnol Juan Carlos Robles. Ce projet audiovisuel et pédagogique interroge les rapports entre circulation, temps, territoire et héritages coloniaux.
Pensée comme un laboratoire ouvert, l’exposition, selon Juan Carlos Robles, ne présente pas une œuvre achevée, mais un processus en construction (« work in progress »), nourri par les échanges avec l’environnement dakarois. À travers des vidéos, des installations et des travaux photographiques, l’artiste propose une lecture de la ville comme un « corps médico-légal », où chaque déplacement, chaque trace et chaque mémoire racontent une histoire.
Au cœur de sa démarche se trouve une opposition entre la vitesse imposée par le système économique mondial et le droit au repos, considéré comme un acte de résistance. Selon Juan Carlos Robles, les œuvres explorent ainsi les effets de l’accélération contemporaine : flux des marchandises, des données et des capitaux, mais aussi ralentissement ou blocage des mobilités humaines. Des pièces comme Taxistas en Dakar, La casa del aeropuerto ou Acelerada Quietud mettent en scène cette tension entre mouvement permanent et immobilité contrainte.
À l’inverse, d’autres créations comme El reposo de las aves, Flagrante, Leones en la ciudad ou Mirada fugaz valorisent la lenteur, la contemplation et certaines pratiques quotidiennes sénégalaises comme des formes de résistance culturelle et spirituelle face à l’hyperaccélération urbaine.
Pour l’artiste, cette exposition s’inscrit dans la continuité du projet « Penc Mi (Espace public) / Travail en cours : Scénarios pour une agora partagée », présenté à l’Institut Cervantes de Dakar. Inspiré du concept wolof Penc Mi, espace traditionnel de discussion communautaire, le projet transforme les lieux d’exposition en espaces de débat et de réflexion collective.
Avec la participation de créateurs de l’École Nationale des Arts du Sénégal, notamment de son directeur Aboubekr Thiam, Juan Carlos Robles développe une approche fondée sur l’écoute, la collaboration et la remise en question des modèles artistiques extractifs.
