Pionnier continental, le Sénégal bute désormais sur ce seuil budgétaire dénoncé par le Pr Ibrahima Wane

Le Centre culturel régional Blaise Senghor a servi de cadre, ce jeudi 12 février 2026, à une réflexion de fond sur l’état des lieux du secteur culturel national. Lors de la cérémonie de dédicace de son nouvel ouvrage édité par L’Harmattan Sénégal, le professeur Ibrahima Wane a confronté l’héritage historique du pays aux réalités économiques actuelles, en présence de figures marquantes comme l’ancien ministre de la Culture, le professeur Abdoulaye Elimane Kane.

Dans son essai intitulé « Les politiques culturelles au Sénégal : acquis et défis », l’enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) et Président du Conseil d’administration du Musée des Civilisations Noires ne se contente pas de célébrer le passé. Si le Sénégal a su, dès les premières heures de l’indépendance, institutionnaliser la culture comme un levier de construction nationale, le modèle économique peine aujourd’hui à suivre les ambitions affichées.

Un modèle historique face à l’aridité budgétaire

Selon les propos rapportés par notre confrère Sud Quotidien, le diagnostic posé par l’universitaire met en lumière un paradoxe sénégalais. Le pays dispose d’une reconnaissance internationale indéniable dans les arts visuels, la littérature ou le cinéma, fruit d’une vision précoce ayant permis la création d’institutions de formation et de diffusion. Ibrahima Wane rappelle que le Sénégal a très tôt compris le « rôle stratégique » du secteur.

Cependant, cette vitrine cache une fragilité structurelle majeure : le financement. L’auteur pointe du doigt une statistique qui illustre le décalage entre les discours et les moyens : « Il est rare d’atteindre 1 % des budgets nationaux consacrés à la culture en Afrique », souligne-t-il. Au-delà de ce seuil symbolique, c’est l’absence de transversalité qui freine l’émergence d’une véritable économie créative. Le cloisonnement entre la culture, le tourisme et l’éducation empêche le secteur de générer la valeur ajoutée attendue.

Le virage numérique et l’urgence du mécénat

Pour sortir de l’impasse, l’ouvrage propose des pistes concrètes qui rompent avec la seule attente des subventions étatiques. Le professeur Wane plaide pour une diversification des sources de revenus, citant explicitement l’implication nécessaire du secteur bancaire et la structuration d’un mécénat privé, encore balbutiant.

L’autre levier identifié concerne la souveraineté numérique. L’universitaire avertit contre une digitalisation passive. Pour lui, les technologies doivent être des outils de valorisation du patrimoine local et non de simples canaux de consommation de contenus importés. Cette approche vise à transformer la culture en une industrie capable de consolider l’identité sénégalaise tout en étant économiquement viable.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire