Cheikh Ahmed Tidiane Sall, président du Rassemblement des Patriotes du Sénégal, a livré une analyse au vitriol du paysage politique national dans une tribune publiée par EMedia. Il y établit une comparaison entre la mobilisation populaire du 23 juin 2011, sous le régime d’Abdoulaye Wade, et celle du 29 juin 2026, qu’il qualifie de symptôme d’un « recul démocratique sans précédent ».
Pour le dirigeant politique, Me Abdoulaye Wade, pourtant combattu pendant 27 ans pour la démocratie, n’avait ni interdit ni réprimé la manifestation de 2011. À l’inverse, il accuse le duo au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, d’avoir failli à préserver les acquis démocratiques. Il pointe particulièrement le chef de l’État, qui a « prêté serment et juré de faire respecter les lois ainsi que la Constitution », et qu’il juge désormais « pire que Sonko ».
Cheikh Ahmed Tidiane Sall dénonce ce qu’il considère comme un « coup d’État parlementaire », affirmant que le président Diomaye disposait des moyens institutionnels pour s’y opposer. Cette accusation survient dans un contexte où le Sénégal est régulièrement confronté à la difficulté de transformer l’alternance en véritable rupture. Comme l’ont souligné des analystes, la vie politique sénégalaise est marquée par un système hyper-présidentialiste qui concentre d’immenses pouvoirs entre les mains du chef de l’État, parfois au-delà de ce que permet la Constitution américaine. Cette architecture institutionnelle favoriserait la perpétuation des pratiques anciennes malgré les changements de majorité.
Face à ce qu’il décrit comme une « forfaiture sans précédent », le président du Rassemblement des Patriotes du Sénégal appelle l’ensemble de l’opposition et les forces vives de la Nation à se rassembler au sein d’une large coalition. L’objectif : aborder ensemble les élections municipales et législatives de 2027, en dépassant les calculs politiciens pour « placer l’intérêt supérieur du pays au-dessus des ambitions personnelles ».
Cheikh Ahmed Tidiane Sall a tenu à saluer « le courage de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui se sont levés pour faire face à ce qu’ils considèrent comme une grave atteinte à notre démocratie ».


Chronique politique
Le serment n’a pas de date d’expiration
Il est des paroles qui ne s’effacent pas. Il est des engagements pris devant Dieu et devant les hommes qui demeurent, longtemps après que les circonstances qui les ont engendrés se soient transformées. Le serment prêté devant feu Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, Khalife général des Tidianes, est de ceux-là.
Aujourd’hui, alors que le Pastef dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale et que les débats sur la révision constitutionnelle agitent la vie politique sénégalaise, il est légitime de se demander : cet engagement solennel a-t-il été oublié ? Ou pire — a-t-il été rangé dans le tiroir des promesses de campagne, celles que le pouvoir rend caduques ?
Un serment prêté devant un guide spirituel vénéré par des millions de fiddèles n’est pas un simple discours politique. C’est un acte de foi autant qu’un acte politique. Il engage la parole, l’honneur et la conscience.
Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine était un homme de paix, de dialogue et de sagesse. Sa vie entière fut consacrée à l’unité, à la concorde et au respect de la parole donnée. Lorsque des acteurs politiques se sont présentés devant lui pour prendre des engagements, ils savaient ce que cela signifiait. Ils savaient devant qui ils parlaient, et ce que la communauté tidjane — et au-delà, l’ensemble des Sénégalais attachés aux valeurs spirituelles — attendait d’eux.
Le Parlement est un lieu de pouvoir. Mais au Sénégal, le pouvoir ne se réduit pas aux institutions formelles. Il se nourrit aussi de la confiance des communautés religieuses, de la bénédiction des guides spirituels, du respect des engagements pris dans les espaces sacrés. Ignorer cette réalité, c’est méconnaître profondément la société sénégalaise.
La politique sénégalaise a toujours puисé une partie de sa légitimité dans le rapport aux guides religieux. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une particularité que tout acteur politique sérieux doit assumer jusqu’au bout — y compris quand il est a