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Casamance: La Paix en guerre ! Par Malick SONKO*

C’est avec un cœur étreint d’une vive émotion que nous avons appris le rappel à Dieu du vénéré Khalife général des mourides, Cheikh Sidy Mokhtar MBACKE. Qu’il repose en paix. Gloire au défunt qui a su perpétuer la voie exemplaire tracée par Serigne Touba ! Que son souvenir reste en nous comme un réconfort et un viatique !

Tout se passe comme si, une certaine fatalité pesait sur nous ces derniers jours, semant le deuil et la consternation au sein d’une population déjà si douloureusement éprouvée par les événements de Boffa Bayotte.

Le samedi 06 janvier 2018, à Boffa, dans la commune de Nyassia, quatorze (14) jeunes au total ont été froidement assassinés par des individus munis d’armes de guerre, selon des témoins qui ont échappé au massacre. Certains parmi eux étaient encagoulés.

Ce n’est pas la première fois qu’on assiste en Casamance à des attaques sanglantes et meurtrières contre des victimes civiles innocentes. Rappelons-nous les évènements de Niahoump où 07 personnes avaient atrocement perdu la vie.

Les condamnations de salon, les protestations à peine audibles, les murmures et les silences coupables avaient toujours, jusqu’ici, caractérisé l’ambiance.

Les réactions qui ont suivi les événements de Boffa, les réprobations clairement assumées, la condamnation quasi unanime de l’acte à travers les medias, les réseaux sociaux, les quartiers, les bus et les écoles, sont, sous ce rapport, les marqueurs signifiants d’une puissante et inaliénable aspiration à la Paix. Le tollé général soulevé par ce forfait et qui est assez représentatif du changement de mentalité qui s’opère progressivement au sein des populations, traduit l’émergence d’une opinion publique nouvelle.

Cette nouvelle posture citoyenne du casamançais lambda, qui est peut-être plus efficace que les chars et les canons des militaires, est une des résultantes majeures de la tuerie de Boffa.

Après la longue période accalmie notée ces dernières années, ayant gouté aux délices de la Paix, les populations semblent avoir fait maintenant une option résolue pour une alternative définitive à ce conflit qui mine et domine la Casamance depuis plus de trois décennies.

La Paix est désormais en guerre ouverte contre toute forme d’exactions ou de résurgence du conflit. Cette dynamique nouvelle qui voit des jeunes et des femmes de toutes conditions prendre résolument leur destin en main est à saluer, à encourager et à encadrer par les pouvoirs publics.

Il est heureux de constater dans le même temps, que même le MFDC, que certains soupçonnent pourtant d’être derrière l’ignominie, a condamné l’acte, tout en montrant des dispositions courageuses pour des négociations de sortie de crise. Aucune autre faction n’a eu à revendiquer l’acte criminel, tant les réprobations ont été fortes et unanimes.

Hélas, comme toujours, il y a des voix discordantes pour lancer des appels à l’éradication du mouvement irrédentiste ou pour annoncer prématurément son incapacité à la guerre. C’est une grave erreur qu’il ne faut pas commettre. Ce n’est pas en un tournemain qu’on met fin à l’existence d’un mouvement qui a mené des actions de terrain pendant près de 30 ans.

Au point où nous en sommes, il faut surtout éviter de réveiller les démons de la guerre par une réaction militaire disproportionnée et mal circonscrite ou par des commentaires malveillants susceptibles de titiller l’amour propre des combattants assagis.

Le forfait a été commis par une trentaine de personnes qui se sont volatilisées depuis lors. Quel sens faut-il alors donner au déploiement imposant de l’Armée nationale ? S’agit-il d’une opération d’assaut des bases rebelles situées dans les environs ou d’un redéploiement visant à sécuriser les alentours de Ziguinchor ?

Quoiqu’il en soit, un récent communiqué du MFDC accusant l’Etat d’avoir effectué des tirs de mortier sur des bases supposées appartenir au MFDC en dit long sur le climat de tensions qui règne en ce moment dans les secteurs concernés.

Les réactions disproportionnées sont très souvent sources de radicalisation dans les conflits. La rébellion casamançaise s’est mise sur orbite après la répression disproportionnée et sanglante perpétrée contre les fameux marcheurs du 26 décembre 1982. Au Nigéria, l’insurrection djihadiste de Boko Haram a éclaté en 2009 après un soulèvement trop durement réprimé par l’Armée et l’exécution sommaire du prédicateur Mohamed YUSUF, leader du mouvement. C’est alors que son second, Abubakar SHEKAU prend les commandes du mouvement et entame une campagne de guerilla, d’attentats et de massacres, au grand dam des populations civiles innocentes.

Ne réveillons pas les ardeurs d’un mouvement en arrêt de combat et en attente de négociations sincères pour une solution définitive au conflit.

Evitons d’allonger la liste des victimes en procédant à une recherche méthodique et chirurgicale des coupables dont l’action s’apparente plus aux méthodes du terrorisme qu’à la guérilla.

Les ressources naturelles de la Casamance doivent être exploitées au même titre que les ressources naturelles des autres régions. Il s’agit simplement de trouver les mécanismes inclusifs appropriés de façon que tous les acteurs y trouvent leur compte.

Je rêve du jour où, déposant leurs armes, les désormais ex-combattants du MFDC de concert avec les populations sans exclusive, dans une symphonie bien orchestrée, amène leur Zircon et leurs bois, au moment où les autres apportent leur pétrole et leur silicium, pour la co-construction d’un Sénégal de paix et de prospérité.

En tout état de cause, nous faisons confiance au professionnalisme de notre Armée et sens de la responsabilité des leaders du MFDC pour éviter de retomber dans les affres d’un combat fratricide où il n’y aura que des perdants.

*Responsable politique

APR à Ziguinchor

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Un commentaire

  • Jean Paul Dias: «Que l'Armée traque les auteurs de la tuerie de Boffa  jusqu'en Guinée-Bissau…»
    15/01/2018 08:46

    […] dit également contre les bombardements de l’Armée en Casamance. Autrement dit éviter cette réaction militaire disproportionnée . «Le combat, ce n’est pas le bombardement, le combat, c’est le ratissage», […]

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