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“Calèche d’une demoiselle”: Tabara Niang nous plonge dans la vie “combative” de la femme sénégalaise

“Calèche d’une demoiselle”, c’est le titre du roman de Tabara Niang. Elle est cadre d’administration dans l’enseignement supérieur sénégalais. Tabara est aussi diplômée en gestion des ressources humaines (GRH), en langues étrangères appliquées (LEA) et en management des a aires. Ainsi, à travers l’écriture, sa passion de toujours, elle a décidé, avec ce premier roman, de partager ses réflexions sur la place de la femme dans le monde du travail.

En voulant faire du lobbying pour sa nomination au poste stratégique de directrice générale adjointe de l’Agence nationale pour l’Emploi (ANE), Debbo Sy, un cadre supérieur du pays de Gaal, était loin de s’imaginer que ses idéaux, sa vie, sa personne allaient s’embourber dans les méandres d’une culture organisationnelle profondément sexiste où la calomnie charpente souvent un plafond de verre, difficile à briser.

Pourtant, même à terre, cette « vieille » demoiselle du pays de Gaal fait le choix de relever la tête pour continuer à se battre. Elle nous embarque ainsi, en trois séquences narratives, dans sa vie tumultueuse, combative, grise parfois mais toujours succulente où les violences faites aux femmes fouettent les consciences, même celles incurvées ; où amour, politique, société, religion… se pensent dans une fraîcheur crue.

Découvrez des extraits de “Calèche d’une demoiselle”

Page 49 :

“Je suis née dans une famille assez modeste du pays de Gaal, d’un père fonctionnaire de police et d’une mère femme au foyer. À part le téléviseur du ying et du yang que nous peinions toujours à allumer, surtout en cas d’intempéries, nos loisirs se résumaient à la lecture et… à la lecture seulement. En dépit de son statut de femme au foyer, ma mère tenait, en effet, vaille que vaille, à ce que nous retrouvassions le Graal des chevaliers de la Table ronde, à ce que nous fussions les premiers à délimiter la galaxie, à ce que nous fissions du pays de Gaal une réplique parfaite de la Gaule en l’an 2000. Mise à part Phillis Wheatley, l’école de la première poétesse esclave d’origine gaalienne que nous fréquentions assidument, aucune autre possibilité ne nous était offerte. Tôt le matin, juste après l’appel du muezzin à la prière de l’aube, elle nous réveillait, Demba, Dado et moi-même, pour aller cueillir le savoir du Blanc, parfois du Black, rarement du Beur. Grande dormeuse devant l’éternel, malade imaginaire de tsé-tsé, j’étais toujours celle qui rechignait à abandonner la douillette couette duvet du « marché Jeudi » pour se barbouiller avec l’eau glaciale du robinet en laiton. Plus pugnace qu’une sangsue, Yaye Boye repassait alors autant de fois qu’il le fallait pour que j’abdiquasse. Pendant que nous prenions nos douches ou accomplissions la prière aurorale, elle attisait les braises de son fourneau jambaar avec la détermination du Viet Minh. Dans sa logique de général d’armée, le petit-déjeuner ne devait souffrir d’aucune forme de retard : sept heures moins le quart, c’était le moment exact auquel il devait être servi. Pas une minute de plus, pas une minute de moins. Nous nous asseyions alors sur la natte en osier pour déguster notre éternel repas de petits nègres : du pain au chocolat accompagné d’une bonne tasse de lait végétal ou d’une infusion de kinkeliba, quand le mois était quelque peu creux. Et dire qu’on avait « parcœurisé » toutes les variétés de pain et de viennoiseries en voyageant dans l’univers imaginaire du Petit Larousse : la fougasse, la fouée, la gâche de Normandie, le pain azyme, le pain bûcheron, le pain Napoléon, le pain polka, la boule de Berlin, le chausson aux pommes, la gosette, l’escargot, les rissoles, le palmier, le sacristain, la chouquette, etc. Quel délice linguistique ! ”

Extraits “Calèche d’une demoiselle”, page 80

“Les cimetières musulmans Balbasik sont un camouflet à notre vision de l’urbanisme, à notre sens dialectique de la méthode et de l’organisation, à nos rapports sociologiques et philosophiques avec la mort. Des extérieurs immoraux aux intérieurs abracadabrants, l’on comprend vite que dans ce pays sahélien, pauvre comme un rat d’église, endetté jusqu’aux couilles, pardon, au cou, si la vie est une merde, la mort est certainement une grosse farce. Ici, tout est funeste, tout est mondain, tout est baroque. À l’est et au nord, se trouvent deux quartiers « hautement » huppés mais que longe caustiquement un asphalte lépreux et à géométrie variable capable de donner le tournis aux cadavres les plus couards. À l’ouest se situe une plage de plaisance qu’assiège fichtrement tout le Ndakaaru des viveurs, des péripatéticiennes, des alcooliques et des toxicomanes vingt-trois heures sur vingt-quatre. Comble de la pagaille, un bidonville s’est dressé sordidement au sud, exactement sur la réserve foncière du cadastre, et a donné naissance à des foutoirs de toutes sortes qui étouffent gaiement les quatre murs du cimetière, dérangeant le sommeil de tous, des morts comme des vivants.

Ce jour-là, comme à l’accoutumée malheureusement, on percevait, dans un enchevêtrement de décibels assourdissants, les pas de ceebu jën de jeunes femmes dansant au rythme endiablé des tams-tams de Doudou Ndiaye Rose et des octaves seigneuriales de Youssou Ndour.

On entendait les pas lourds de deux mastodontes de gladiateurs, simplement vêtus de cache-sexe et d’amulettes d’un autre âge, fouler nerveusement le sol au rythme des chants de guerre de leurs supporters surexcités par les eaux bénites verdâtres qui suintaient des vélums.

On entendait, encore et encore, les voix caverneuses d’une chorale de jeunes fanatiques déchirer avec ferveur les chapiteaux d’Allah dans le seul but d’adoucir les cœurs des fidèles musulmans – teurs.

On entendait çà et là les incantations impénétrables de cette prêtresse famélique, complètement emportée par sa séance de Ndëp folklorique-thérapeutique et dansant avec les djinns sous les regards admirativement inquisiteurs de touristes aux yeux verts.

On entendait, pêle-mêle, les salves d’applaudissements et les exultations presque risibles des femmes et jeunes du bidonville Tugueule à l’annonce de la construction prochaine de la maternité « Moytu Nef » par le plaisantin député-maire Wacaca.

On entendait de loin les cris d’allégresse des supporters de l’équipe de football du pays de Gaal suite à ce but d’anthologie de Bocandé, le septième en trente-cinq minutes, les arrêts de jeu non compris, marqué contre la Mauritanie. Une rossée servie fraternellement avec un soupçon de sourire sable !

Le temps s’arrête. Je me tourne vers la tombe numéro un, lieu de repos éternel de Balbasik, le vendeur de crèmes glacées qui parfume d’oud ce cimetière initialement baptisé « Shams de Tabriz ».
Le temps s’arrête encore. Je me tourne vers la tombe numéro deux, lieu de repos éternel de Nayneex, le joueur de bongo d’exception qui distille des notes de musique délicieuses sous ces hectares de corps pourris.

« Nous fûmes ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes », disent-ils en chœur aux épicuriens que nous sommes.”

Extraits “Calèche d’une demoiselle”, page 167

“Alors que j’étais cachée dans les toilettes, tu leur servais un ramassis de perfidies : « Ne vous inquiétez pas, c’est ma copine. On aime jouer les cinquante nuances de gris » mentais-tu. Je n’avais, hélas, pas la force de me défendre de tes accusations de haut vol. À travers l’angle des WC, je t’ai vu soudoyer ces agents blasés par le scandale avec quelques billets, je t’ai vu refermer la porte ensuite avec hargne et te diriger enfin vers ma cachette de détresse. Je me suis laissé faire innocemment. Je t’ai même quémandé, en désespoir de cause, un « je t’aime » symbolique avant que tu ne rejouasses l’acte 2 des « Mille et un après-midi ». Oui, je voulais humaniser ton ignominie et agréer mes neuf mille secondes et trois tierces de naufrage. Oui, j’ai accepté le mal avec des chiffres, oui, j’ai aimé le mal avec des lettres, oui, je suis tombée amoureuse de l’« acte d’amour » de mon bourreau d’amour, du violeur de mes rêves, du criminel de mon moi …

Oui, avec toi, mon âme dérivait inexorablement vers la pampa, entraînant mon corps dans une spirale vicieuse. Je me donnais à toi effrontément, où tu le voulais, quand tu le souhaitais et comme tu le désirais. Avec toi, j’ai goûté à toutes les nuances de gris, de jaune, de vert, de rouge et que sais-je encore ! Il suffisait que tu claquasses les doigts pour que je me prosternasse à tes pieds. Pour mieux me dompter et assouvir tes fantasmes bestiaux, tu me droguais toujours à l’amphétamine, comme bon te semblait. Je le sais aujourd’hui parce que tes yeux me le disaient hier.”

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