Bras de fer aux États-Unis : la justice annule les assignations visant Jerome Powell et dévoile le but de la manœuvre

Le système judiciaire américain vient de marquer un coup d’arrêt dans le conflit ouvert qui oppose l’administration de Donald Trump à la banque centrale du pays. Vendredi, un magistrat du tribunal du district de Columbia a rendu une décision de 27 pages invalidant une procédure judiciaire visant le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell.

Dans son ordonnance, le juge James Boasberg a annulé deux assignations à comparaître émises par un grand jury à l’encontre de Jerome Powell. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le magistrat a conclu que ces actes avaient été délivrés dans un « but inapproprié ». Il souligne que le gouvernement n’a produit « pratiquement aucune preuve permettant de soupçonner le président Powell d’un crime », qualifiant les justifications de l’accusation de « minces » et de « prétextes » destinés à harceler le responsable pour le contraindre à abaisser les taux d’intérêt ou à démissionner.

La réaction du camp présidentiel ne s’est pas fait attendre. Jeanine Pirro, procureure des États-Unis nommée par Donald Trump et chargée du dossier, a vivement critiqué cette décision lors d’une conférence de presse. Elle a accusé le juge de s’immiscer dans une procédure de grand jury et d’offrir une immunité de fait à Jerome Powell. Réfutant toute motivation politique, elle a affirmé que l’enquête se concentrait strictement sur des dépassements de coûts liés aux travaux de rénovation du siège de la Fed à Washington, et a annoncé son intention de faire appel de l’ordonnance.

Ce développement judiciaire s’inscrit dans un contexte de pressions continues exercées par Donald Trump sur la Réserve fédérale, une institution traditionnellement indépendante. Depuis son retour à la présidence en janvier 2025, le chef de l’État a multiplié les appels en faveur d’une baisse rapide des taux d’intérêt, affublant même Jerome Powell du surnom de « Too Late Powell ». Notre rédaction rappelle que le mandat de ce dernier à la tête de la Fed doit s’achever en mai prochain. Dans son arrêt, le juge Boasberg a d’ailleurs mis en perspective cette affaire avec d’autres enquêtes visant des personnalités perçues comme des adversaires du président, telles que Letitia James ou James Comey.

L’offensive judiciaire contre le patron de la Fed suscite également des remous au sein même du Parti républicain. Le sénateur Thom Tillis a publiquement salué l’annulation des assignations, qualifiant l’enquête criminelle de « faible et frivole » et d’attaque ratée contre l’indépendance de l’institution. En guise de moyen de pression, le parlementaire a averti que si l’administration Trump décidait de faire appel, il maintiendrait son refus de voter pour la confirmation de Kevin Warsh, le candidat choisi par le président pour succéder à Jerome Powell.

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