La scène politique sénégalaise est obnubilée par la présidentielle de 2029, au risque d’occulter les urgences immédiates de 2026. C’est le cri d’alarme lancé par Babacar Diagne, ancien directeur général de la RTS et ex-président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Pour lui, 2029 nous obsède alors que 2026 nous attend.
L’ancien ambassadeur observe une frénésie précoce qui étouffe le temps présent. Les conversations, les positionnements et les spéculations politiques sont déjà tournés vers cette échéance, masquant les difficultés concrètes des citoyens. Il parle d’un « red flag sur notre rapport au temps public ». Cet entretien a été accordé au média Rewmi.
Cette analyse fait écho à un épisode récent : en mars dernier, une sortie du président Bassirou Diomaye Faye à Thiès, interprétée comme une posture patriarcale, avait nourri les anticipations sur 2029, comme le rapportait Senego dans un article. Un signe supplémentaire, selon Babacar Diagne, d’un débat qui se détache des réalités du quotidien.
Le quotidien de la population reste marqué par des difficultés concrètes : monde rural en détresse, tensions dans l’éducation et la santé, et surtout le drame persistant de l’émigration irrégulière. Pour l’analyste, transformer chaque décision publique en calcul de campagne permanente est un danger.
Babacar Diagne regrette que la focalisation se fasse sur les personnes plutôt que sur le modèle de développement souhaité. Il rappelle que les plans stratégiques à l’horizon 2035 ou 2050 restent souvent déconnectés des aspirations profondes. « Un jeune qui prend la mer part peut-être surtout parce qu’il ne voit pas suffisamment clairement sa place dans le Sénégal que nous lui promettons », note-t-il.
L’ancien président du CNRA invite donc à inverser l’ordre des priorités avant la compétition électorale. « La question la plus importante n’est pas : “Mais qui va donc gagner l’élection présidentielle ?”, mais bien : “Qu’allons-nous faire du Sénégal d’ici là ?” »
