Sira Ndiaye avait soutenu qu’aucune base légale ne permettait à Ousmane Sonko de siéger à l’Assemblée nationale après avoir quitté le gouvernement. Son argumentation portait sur la situation née en 2024, au moment où l’ex-Premier ministre avait été élu député alors qu’il occupait déjà ses fonctions au sein du gouvernement.
L’ancienne députée et ancienne vice-présidente de l’Assemblée nationale distinguait deux cas. Selon elle, l’article 54 de la Constitution vise l’incompatibilité entre les fonctions gouvernementales et le mandat parlementaire, mais la chronologie restait décisive : Ousmane Sonko n’était pas député avant son entrée au gouvernement, il a été élu ensuite. Dans cette lecture, rappelée par Sira Ndiaye et relayée notamment par dakaractu, l’incompatibilité existait dès l’élection. L’analyse exposée par Sira Ndiaye s’appuyait aussi sur l’article LO.163 du Code électoral de 2023, qui pose l’incompatibilité entre le mandat de député et la qualité de membre du gouvernement, ainsi que sur l’article 109 du règlement intérieur alors en vigueur.
Une option imposée en 2024
Sira Ndiaye estimait que le dispositif applicable en 2024 n’organisait pas une simple mise en attente du mandat. Elle renvoyait à l’article 118 du règlement intérieur de 2024, qui imposait à l’élu placé dans une situation d’incompatibilité, dans les huit jours suivant son entrée en fonction, de prouver qu’il s’était défait de la fonction incompatible. À défaut, expliquait-elle, l’intéressé était déclaré démissionnaire d’office, sauf renonciation volontaire à son mandat. Dans ce schéma, il n’existait, selon elle, que deux issues : quitter le gouvernement pour siéger ou rester au gouvernement et perdre le mandat.
Cette lecture rejoignait d’autres prises de position formulées plus tard sur le même dossier. Le 24 mai 2026, Moussa Tine avait lui aussi rejeté l’idée d’une réintégration rétroactive de l’ex-Premier ministre, en soutenant que la modification du règlement intérieur du 18 août 2025 ne pouvait pas régir une situation ouverte en 2024. Le 25 mai 2026, Doudou Ka avait également invoqué l’article 54 pour contester une telle réintégration.
La réforme de 2025 jugée non rétroactive
Sira Ndiaye considérait que la loi organique n°2025-11 du 18 août 2025, qui a introduit un mécanisme de suppléance provisoire et de réintégration du titulaire après la fin des fonctions gouvernementales, était intervenue trop tard pour le cas de Sonko. Elle relevait que cette réforme ne pouvait pas, selon elle, régulariser après coup une situation née sous un autre cadre juridique. Dans son raisonnement, toute tentative de faire siéger Ousmane Sonko en dehors des voies prévues par les textes relèverait d’un « coup d’État institutionnel ».
Ce débat était intervenu avant la séquence ouverte en mai 2026 : Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko le 22 mai 2026, El Malick Ndiaye a démissionné de la présidence de l’Assemblée nationale le 24 mai 2026, et une séance de l’Assemblée a été convoquée pour le mardi 26 mai 2026 afin d’examiner la réintégration de l’ex-Premier ministre comme député.