Le dossier ASER-AEE Power franchit une nouvelle étape judiciaire. Le parquet financier a décidé l’ouverture d’une information judiciaire visant certains dirigeants des sociétés concernées, les entreprises elles-mêmes et une personne désignée par « X ».
L’information judiciaire sur l’ASER porte notamment sur des soupçons d’association de malfaiteurs, de détournement de deniers publics, de faux et usage de faux, de blanchiment de capitaux, de corruption, de prise illégale d’intérêt et de trafic d’influence. La complicité de ces infractions figure également parmi les qualifications retenues.
Dans les éléments rapportés par LII Quotidien, le procureur financier Alioune Abdoulaye Sylla rappelle qu’une plainte du député Thierno Alassane Sall avait été reçue le 16 octobre au sujet du marché d’électrification rurale conclu entre l’Agence sénégalaise de l’électrification rurale (ASER) et l’entreprise espagnole AEE POWER EPC SAU.
Le parquet financier avait ensuite saisi la section de recherche de Dakar le 24 octobre 2025 pour conduire une enquête. Celle-ci étant bouclée, l’exploitation des procès-verbaux a conduit le ministère public à estimer que certains faits pouvaient recevoir des qualifications pénales.
Le dossier s’inscrit dans un contentieux plus large autour d’AEE Power. Le 17 septembre 2024, l’administrateur de AEE POWER EPC SA a saisi le Doyen des juges du tribunal de grande instance de Dakar d’une plainte contre des responsables de AEE Power Sénégal. Le parquet financier a également fait le point sur l’état d’avancement des procédures liées à AEE Power et à la plainte de Thierno Alassane Sall, signe que plusieurs volets du dossier sont désormais suivis par la justice.
Pour approfondir les investigations et identifier toutes les personnes impliquées, une commission rogatoire internationale ainsi qu’une délégation judiciaire ont été requises.
Thierno Alassane Sall, député de la République des Valeurs, avait également porté plainte devant les juridictions sénégalaise et espagnole.
Jean Michel Sène, ancien directeur général de l’ASER, s’est réjoui de l’avancée de la procédure. Il affirme avoir remis aux enquêteurs les pièces qu’il juge utiles pour étayer ses accusations de détournement de deniers publics.
Le mouvement Sunu 37 milliards, qui dénonce l’introduction de fausses quittances de la DGID et de l’Arcop dans le circuit, demande que l’action publique ne se limite pas aux seuls responsables déjà visés. Le collectif interpelle l’Agent judiciaire de l’Etat afin que les auteurs et les complices présumés de ces manœuvres soient également poursuivis.
Selon Jean Michel Sène, un même mécanisme aurait concerné plusieurs entreprises espagnoles et un établissement bancaire. Il cite des montants de 85 milliards pour Intermaq, 50 milliards pour Liteyca et 91 milliards pour AEE POWER.
L’ancien responsable souhaite que les investigations se poursuivent jusqu’à leur terme. Il a déclaré : « Que la justice aille au bout de sa logique, pour que les Sénégalais sachent, in fine, comment leurs deniers ont été dilapidés. »
