Le Musée des Civilisations noires (MCN) de Dakar met fin à des années de mutisme institutionnel autour de l’un des plus grands sculpteurs du pays. Une vaste opération de préservation vient d’être enclenchée pour sauvegarder un héritage artistique majeur, directement menacé par l’urbanisation galopante.
Selon les informations de Sud Quotidien, le MCN a officialisé un partenariat avec la famille du défunt sculpteur Ousmane Sow. Cette collaboration vise à restaurer et transmettre l’œuvre monumentale de l’artiste, disparu en 2016. Les sculptures, jusqu’ici exposées à la « Maison Ousmane Sow » à Yoff, ont été transférées avec précaution vers les réserves du musée.
Le communiqué de l’institution précise que cette délocalisation a été dictée par l’urgence face à la dégradation des œuvres, consécutive à la « bétonisation de Yoff ». Les vagues de construction dans la zone ont généré une pollution et une poussière de chantier qui altéraient l’intégrité physique du patrimoine.
Ce transfert prépare une grande exposition rétrospective intitulée « Ousmane Sow, intemporel », dont le lancement est programmé pour le 25 avril 2026. Prévue pour durer trois ans, elle réunira une cinquantaine de créations originales. Le public pourra y retrouver les six séries emblématiques de l’artiste : Nouba, Masai, Zoulou, Peulh, Petits Nouba, ainsi que la série Merci, dédiée à des figures historiques comme Nelson Mandela, Victor Hugo ou Toussaint Louverture. Une salle spécifique accueillera la série Little Bighorn, illustrant les similitudes culturelles perçues par le sculpteur entre les peuples africains et les Indiens d’Amérique.
Le MCN qualifie d’« anomalie » l’absence de mise en valeur du travail d’Ousmane Sow au Sénégal. Depuis sa révélation internationale en 1987, l’artiste n’avait bénéficié que d’une seule exposition majeure dans son pays, en 1999, sur la corniche de Dakar. Le dossier de presse souligne que l’enfant de Rebeuss n’a pas toujours été soutenu localement, rappelant ses différends concernant le Monument de la Renaissance africaine et l’inachèvement de sa dernière œuvre, Le Paysan.
Le partenariat actuel, qui inclut également la donation Béatrice Soulé, garantit la sauvegarde de ces pièces. Né à Dakar en 1935, Ousmane Sow a longtemps mené de front son métier de kinésithérapeute — qui a forgé sa maîtrise de l’anatomie — et sa passion pour la sculpture, transformant ses cabinets médicaux en ateliers nocturnes avant de se consacrer entièrement à son art.