« L’art ne nourrit pas son homme au Sénégal. » Ce constat amer, formulé par l’entrepreneur culturel Amadou Fall Ba, résume les difficultés structurelles des industries culturelles et créatives (ICC) malgré une dynamique réelle portée par l’innovation numérique.
Selon l’APS, les ICC génèrent des milliards de dollars au niveau mondial, mais au Sénégal, le manque de statistiques fiables freine l’évaluation de leur impact. Amadou Fall Ba pointe des problèmes plus profonds que le simple manque de financement : la loi sur le statut de l’artiste, votée en 2020, attend toujours ses décrets d’application, et les textes sur la licence de spectacle ou la rémunération pour copie privée restent lettre morte.
L’entrepreneur, qui exerce depuis 25 ans, déplore que lui-même ne dispose d’aucun statut reconnu par l’État. « Je ne parle même pas des artistes, c’est un peu compliqué », lâche-t-il, soulignant l’urgence d’une cartographie précise des acteurs pour envisager des programmes efficaces.
Une étude du LARTES-IFAN, réalisée en 2023 dans onze régions du pays, confirme ces blocages. Elle révèle que 36,8 % des entreprises culturelles évoluent dans l’informel, sans comptabilité officielle ni registre de commerce. Pire, la majorité des acteurs lancent leurs projets sur fonds propres, sans accès au crédit bancaire.
Ce déficit de structuration fait écho aux critiques plus larges sur la gouvernance entrepreneuriale. En mai 2026, Sokhna Maï Mbacké dénonçait déjà une prolifération de structures sans vision cohérente, un écueil qui freine aussi bien l’entrepreneuriat que les industries créatives.
Amadou Fall Ba appelle les autorités à appliquer les lois existantes et à doter le secteur de données fiables pour libérer son potentiel économique et social.
