De l’abondance institutionnelle à l’impact réel : Sokhna Maï Mbacké interpelle sur la gouvernance de l’entrepreneuriat au Sénégal

Le Sénégal a progressivement mis en place une architecture institutionnelle dense dédiée à l’accompagnement entrepreneurial.
La Délégation générale à l’Entrepreneuriat Rapide des Femmes et des Jeunes ( DER / FJ), FONGIP, ANPEJ, les mécanismes de financement islamique comme le PROMISE, les fonds de garantie, les programmes d’insertion, les structures d’accompagnement technique….
Sur le papier, cette prolifération d’outils traduit une volonté politique réelle qui est de faire de l’entrepreneuriat un levier de transformation économique et sociale.

Mais une interrogation fondamentale demeure : avons-nous véritablement construit un écosystème d’impulsion entrepreneuriale, ou avons-nous simplement multiplié les structures sans parvenir à articuler une vision cohérente, territorialisée et profondément équitable ?

La question mérite d’être posée avec lucidité et sans démagogie.

Car le véritable enjeu n’est plus seulement l’existence de dispositifs de financement.
Le Sénégal dispose aujourd’hui d’instruments relativement nombreux, le problème réside davantage dans la circulation réelle de l’opportunité, dans l’accessibilité concrète des mécanismes, dans la qualité du ciblage, et surtout dans la capacité de ces structures à atteindre les JEUNES INVISIBLES, les porteurs de projets périphériques, les FEMMES RURALES, les entrepreneurs sans réseaux politiques ou administratifs.

Dans beaucoup de territoires, notamment hors des grands centres urbains, l’accès au financement demeure encore trop souvent conditionné par des logiques d’intermédiation politique, d’appartenance relationnelle ou de proximité partisane et constat, bien que rarement assumé publiquement, fragilise profondément la promesse républicaine d’égalité des chances économiques.

Or, l’entrepreneuriat ne devrait jamais devenir un privilège de connexion mais un droit d’accès à la dignité productive.

Il devient alors légitime de s’interroger sur la nécessité d’un véritable cadre national de coordination stratégique entre toutes ces structures.
Non pas pour centraliser bureaucratiquement l’action publique, mais pour harmoniser les approches, mutualiser les données, territorialiser les interventions, éviter les doublons institutionnels et surtout construire une doctrine nationale claire de l’accompagnement entrepreneurial.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes ne savent même plus vers quelle structure se tourner. D’autres abandonnent avant même de commencer, écrasés par les exigences de garanties, la lourdeur administrative ou le sentiment diffus que certains financements sont réservés à des cercles déjà privilégiés.

Le paradoxe est saisissant : nous parlons d’« entrepreneuriat rapide », mais les réalités de terrain restent souvent lentes, complexes et décourageantes pour les véritables porteurs d’initiatives.

Et peut-être faut-il également poser une réflexion plus générationnelle, plus symbolique, mais néanmoins essentielle :

Les structures pensées pour la jeunesse gagneraient probablement à intégrer davantage de regards issus des réalités contemporaines de cette jeunesse elle-même car accompagner une génération suppose aussi d’en comprendre les codes, les urgences, les mutations sociales, numériques et économiques.

Le Sénégal profond regorge tellement d’initiatives silencieuses dans les domaines de l’agriculture transformée, l’artisanat modernisé, le numérique local, l’élevage, la transformation alimentaire, l’économie verte, l’innovation communautaire et j’en passe.
Mais ces projets demeurent sous-financés parce qu’ils sont souvent éloignés des centres de visibilité institutionnelle.

Le véritable défi des prochaines années ne sera donc pas uniquement de financer davantage mais de financer plus justement et plus intelligemment.

Et surtout, de faire en sorte que l’État entrepreneurial ne soit pas perçu comme une vitrine institutionnelle, mais comme une présence concrète auprès des citoyens qui tentent encore de croire que leur idée mérite, elle aussi, une chance d’exister.

ENFIN..!

Dans un Sénégal où près de 75 % de la population a moins de 35 ans, pendant que le secteur public suffoque et que le privé devient chaque jour plus difficile d’accès, ces structures représentent l’une des dernières POMPES CAPABLES DE RÉOXYGÉNER LES POUMONS DÉJÀ OBSTRUÉS DE L’EMPLOI ET DE L’ENTREPRENEURIAT; les réduire à des espaces de confort institutionnel, de représentation politique ou de gestion distante relève alors d’une inquiétante déconnexion avec l’urgence sociale que vit le pays.

Sokhna Maï Mbacké Djamil

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