Ama Baldé arrêté : les faits de 2025 qui rattrapent le lutteur à son retour de France

Le lutteur Ama Baldé a été interpellé ce mardi par la Brigade de recherches de la gendarmerie de Keur Massar, moins de 24 heures après son retour au Sénégal et un accueil triomphal à Pikine. Cette arrestation n’a rien d’une surprise : elle est l’aboutissement d’une affaire qui remonte à mai 2025, pour laquelle le champion de Pikine faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Retour sur les faits qui l’ont rattrapé.

Un retour triomphal de courte durée

L’accueil avait des allures de fête. À son retour de France ce mardi, après plusieurs mois passés hors du Sénégal, Ama Baldé a été accueilli par une foule de supporters venus en masse à Pikine célébrer le retour de leur champion. Mais la liesse populaire aura été de courte durée.

Moins de vingt-quatre heures après avoir foulé le sol sénégalais, le lutteur est tombé entre les mains de la gendarmerie. Il a été interpellé par la Brigade de recherches de Keur Massar, dans le cadre d’une délégation judiciaire délivrée par le juge d’instruction du premier cabinet du tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye, selon SENTV.

Une issue qui était, en réalité, largement prévisible. Car Ama Baldé ne rentrait pas en homme libre : il revenait au pays alors qu’un mandat d’arrêt international pesait sur lui depuis l’été 2025.

Tout commence en mai 2025, autour d’un neveu

Pour comprendre cette arrestation, il faut remonter au dimanche 25 mai 2025. Ce jour-là, les policiers du commissariat d’arrondissement de Pikine se rendent au domicile familial des Baldé, à Dagoudane, pour remettre une convocation à Julo Baldé, neveu du lutteur.

Julo est alors cité dans une affaire d’agression : selon la plainte de la victime, une moto et une chaîne en or lui auraient été dérobées, comme l’a rapporté Wiwsport. C’est donc pour ce dossier d’agression et de vol que les forces de l’ordre se présentent au domicile familial.

Mais l’intervention va déraper.

L’altercation avec les forces de l’ordre

Sur place, selon les procès-verbaux de police cités par plusieurs médias, les policiers surprennent Julo en train de fumer du chanvre indien dans le salon. Au moment de procéder à son interpellation, ils se heurtent à l’opposition d’Ama Baldé et de son frère aîné Pathé Baldé.

L’altercation tourne à l’affrontement physique. Selon les enquêteurs, le lutteur en serait venu aux mains avec un adjudant de police. Des témoins, repris par L’Observateur, affirment même qu’Ama Baldé, armé d’un gourdin, aurait menacé de s’en prendre à tout policier qui reviendrait dans la maison familiale. Profitant de la confusion, Julo prend la fuite.

Les conséquences de cette intervention sont lourdes. L’adjudant de police, blessé à la main, obtient une incapacité temporaire de travail (ITT) de sept jours. La perquisition de la chambre du suspect permet la saisie de quatorze cornets de chanvre indien et d’une paire de ciseaux, selon les procès-verbaux. Avant l’arrivée des renforts, les deux frères avaient eux aussi quitté le domicile.

Le départ pour la France et le mandat d’arrêt international

Quelques jours après l’incident, Ama Baldé apparaît dans une vidéo où il lance, narquois : « Mes salutations aux Pikinois ». Selon L’Observateur, cette vidéo aurait été tournée depuis la France, où le lutteur s’était rendu.

De son côté, le lutteur a toujours soutenu que son départ était lié à des raisons médicales. « Alors que j’étais en France, j’avais déjà subi une opération. Un vieux a appelé Jules Baldé pour lui demander que je vienne pour dix jours. J’ai donc pris un billet d’avion », avait-il expliqué pour justifier sa présence au domicile familial le jour des faits, affirmant être venu uniquement récupérer son passeport laissé à sa mère et avoir été surpris par des hommes qu’il n’avait pas identifiés comme des policiers.

Quoi qu’il en soit, la justice sénégalaise enclenche la procédure. Dès le mois de juin 2025, la police de Pikine lance un avis de recherche contre le trio — Ama, son frère Pathé et leur neveu Julo. Puis, en juillet 2025, le procureur de la République requiert un mandat d’arrêt international contre Ama Baldé, pour rébellion, outrage à agents, et coups et blessures volontaires.

Le frère déjà en prison

Ama Baldé n’est pas le seul membre de la famille concerné. Son frère cadet Pathé Baldé a été interpellé en septembre 2025 à l’Arène nationale, où il accompagnait un autre neveu engagé dans les combats préliminaires. Présenté au parquet, il a été inculpé par le Doyen des juges du tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye et placé sous mandat de dépôt pour rébellion, outrage à agents, et coups et blessures volontaires.

Une information judiciaire a été ouverte, et le neveu Julo Baldé — présenté comme étant à l’origine de toute la spirale judiciaire — reste, lui, activement recherché.

Ce que risque désormais Ama Baldé

En foulant le sol national à son retour de France, Ama Baldé savait que son arrestation était inéluctable. Visé par un mandat d’arrêt international, le lutteur a été immédiatement interpellé et conduit sans délai en maison d’arrêt, conformément à l’article 122 du Code de procédure pénale sénégalais. Contrairement à une interpellation classique, l’exécution d’un tel mandat exclut la garde à vue au commissariat : le mis en cause doit être obligatoirement présenté au juge d’instruction pour y être interrogé dans les 48 heures suivant son incarcération.

Le célèbre lutteur est donc désormais pris dans l’engrenage judiciaire pour son implication présumée lors d’une houleuse intervention policière survenue en mai 2025. Il est poursuivi pour les mêmes chefs d’accusation qui valent déjà à son frère Pathé d’être placé sous mandat de dépôt : rébellion, outrage à agent et, plus grave encore, coups et blessures volontaires sur un adjudant de police. Si le Code pénal prévoit des peines de six mois à deux ans de prison et une amende de 20.000 à 50.000 FCFA pour la rébellion commise par moins de trois personnes (Article 187), et de un à trois mois d’emprisonnement pour l’outrage à agent (Article 196), la donne change radicalement en matière de violences physiques. En effet, l’Incapacité Temporaire de Travail (ITT) de 7 jours délivrée au policier blessé constitue la preuve matérielle de la circonstance aggravante de « blessure ou maladie ». En vertu de l’article 202 du Code pénal, lorsque des violences ont causé des blessures à un agent de la force publique dans l’exercice de ses fonctions, les sanctions encourues bondissent de trois à dix ans d’emprisonnement ferme.

La suite dépendra de l’audition menée par le juge d’instruction du premier cabinet de Pikine-Guédiawaye, désormais saisi de son cas après les premières constatations de la Brigade de recherches de Keur Massar. À l’issue de cet interrogatoire, le magistrat instructeur devra trancher : il pourra décider de placer Ama Baldé sous mandat de dépôt (l’envoyant ainsi rejoindre son frère Pathé en prison), de l’astreindre à un strict contrôle judiciaire (qui peut inclure l’obligation de pointer régulièrement et le retrait de son passeport), ou de lui accorder une liberté provisoire, assortie ou non du paiement d’une caution. Enfin, concernant le chanvre indien découvert lors de la perquisition, Ama Baldé ne devrait pas être automatiquement inquiété : la drogue ayant été retrouvée sur son neveu, la loi exige la preuve stricte d’une complicité active — par assistance, aide ou fourniture de moyens en connaissance de cause, selon l’article 105 du Code des drogues — pour que sa responsabilité pénale soit engagée sur ce volet.

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