Aliou Sall plaide pour des collèges mixtes et un privé renforcé dans l’EPT

Le Sénégal vise une part de 30 % de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle dans les effectifs du secondaire à l’horizon 2030. Cet objectif est inscrit dans le PAQUET-EF et doit accompagner les besoins du Plan Sénégal 2050 et de l’Agenda national de transformation.

Cette réorientation intervient dans un système éducatif confronté à des crises de capacité et d’adaptation. La résilience de l’école sénégalaise fait l’objet d’analyses entre chercheurs et acteurs du secteur, notamment au sein de l’ARESRO, dont un atelier consacré à cet enjeu a été présidé par Assane Sow, directeur de l’INEAT. Les réformes engagées — introduction de l’anglais dès le préscolaire, valorisation des langues nationales, intégration du numérique et de l’intelligence artificielle — témoignent de la même volonté de faire évoluer les parcours et les outils de formation.

Face aux ressources publiques limitées et à la saturation des établissements, Aliou Sall, ancien maire de Guédiawaye et déclarant responsable du groupe scolaire Copak, propose de s’appuyer davantage sur les infrastructures existantes. Sa proposition pour atteindre 30 % dans l’EPT repose sur six leviers liés à la mutualisation, à la mixité des parcours et à l’implication du secteur privé.

Des collèges et lycées à transformer

Le premier levier consiste à faire évoluer progressivement les collèges d’enseignement moyen (CEM) vers des Collèges d’Enseignement Général, Technique et Professionnel (CEGTP). Les établissements pourraient accueillir des ateliers consacrés notamment à l’électricité et l’électronique, au digital, aux métiers du bois et du métal, à la mode, à l’esthétique, à l’agriculture et à la transformation. Cette place donnée au digital rejoint l’enjeu plus large d’intégrer le numérique et l’intelligence artificielle dans l’éducation, non comme des outils périphériques, mais comme des compétences à développer dans les parcours scolaires et professionnels.

Les élèves suivraient un tronc commun en sixième et en cinquième. À partir de la quatrième, la répartition proposée serait de 50 % dans l’enseignement général et de 50 % dans l’enseignement technique et professionnel. Aliou Sall suggère de commencer par deux collèges pilotes par département, avant une progression de deux à trois établissements par département jusqu’à un objectif de 1 000 collèges mixtes.

Le deuxième levier prévoit la transformation des lycées en établissements mixtes d’enseignement général, technique et professionnel. L’objectif serait d’atteindre, en classe de seconde, 40 % d’effectifs dans les filières techniques et professionnelles, avec 25 % pour l’enseignement technique et 15 % pour la formation professionnelle. Le lycée Seydina Limamoulaye de Guédiawaye est cité comme exemple.

Encadrement, privé et gouvernance

Dans sa contribution publiée par EMedia, Aliou Sall recommande aussi la création d’une cellule dédiée à l’EPT dans chaque inspection d’académie et chaque inspection de l’éducation et de la formation. Il demande également davantage d’inspecteurs spécialisés pour assurer l’encadrement de proximité.

Le secteur privé devrait bénéficier, selon lui, d’un appui au financement bancaire des promoteurs, notamment à travers des lignes de crédit bonifiées par des structures comme le FONGIP. Il propose aussi des mesures fiscales pour les investissements dans les infrastructures et les équipements pédagogiques des écoles privées d’EPT.

Le cinquième levier porte sur le recrutement d’enseignants pour les niveaux CAP, BT et BTS. Leur formation pourrait être prise en charge par l’ENSEPT et renforcée par une coopération avec la Suisse, la Belgique et le Maroc.

Enfin, Aliou Sall plaide pour le regroupement du ministère de l’Éducation nationale et de celui de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle au sein d’un ministère unique. Deux directions générales y piloteraient les deux sous-secteurs avec des gestionnaires communs, tandis que la mutualisation budgétaire servirait à équiper les futurs CEGTP et lycées mixtes. Cette organisation viserait à rapprocher les décisions et les moyens au moment où le système doit simultanément accroître ses capacités, diversifier ses filières et accompagner les réformes sur les langues, le numérique et l’intelligence artificielle.

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