Les difficultés d’Air Sénégal ne seraient pas nées avec la gestion récente de la compagnie. Tahirou Ndiaye estime que leur origine remonte aux premières acquisitions d’appareils, effectuées en 2018 et 2019.
Ancien président du Conseil d’administration de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), Tahirou Ndiaye s’est exprimé dans l’émission « Parcours », animée par le journaliste Modou Mbacké Niang, selon exclusif. Fort de 36 années dans l’aviation civile, il considère qu’un audit limité à la période 2021-2024 ne permettrait pas de comprendre l’ensemble du dossier. Il affirme avoir alerté les autorités depuis Bamako, où il travaillait dans son cabinet.
Selon lui, les investigations doivent notamment porter sur l’acquisition de deux Airbus et de deux ATR. Ces appareils auraient été achetés en 2018 et 2019, alors que la compagnie commençait ses activités. Tahirou Ndiaye évalue à plus de 300 milliards de FCFA l’endettement lié à cette stratégie et estime qu’il a durablement fragilisé le transporteur national.
Des sorties d’argent public dénoncées
L’ancien responsable de l’AIBD affirme que les remboursements ont mobilisé des ressources publiques. Il soutient que plus de 100 milliards de FCFA ont été décaissés depuis 2018 pour payer les dettes liées aux avions. D’après son récit, la compagnie ne pouvait ensuite plus honorer ses engagements et les partenaires ont récupéré les appareils.
Tahirou Ndiaye dit avoir prévenu les autorités avant même le début des vols. Il reproche à la stratégie initiale d’avoir privilégié l’achat d’avions neufs et l’emprunt, plutôt que la location d’une flotte adaptée aux débuts d’une jeune compagnie.
Philippe Bohn cité dans les choix d’acquisition
Les orientations prises sous Philippe Bohn, premier directeur général d’Air Sénégal, sont également visées par ses déclarations. Tahirou Ndiaye rappelle que celui-ci avait auparavant été vice-président d’Airbus à Toulouse et l’accuse d’avoir favorisé l’achat d’appareils du constructeur. Cette accusation, formulée par l’ancien PCA de l’AIBD, n’est pas établie par les seuls propos rapportés.
Il affirme par ailleurs qu’un cabinet d’audit américain, rémunéré 2 milliards de FCFA, avait recommandé en 2018 de commencer par louer les avions avant d’envisager leur acquisition. Tahirou Ndiaye cite, à l’appui de cette option, son expérience au sein de la compagnie SKY du Mali, lancée avec trois appareils loués pendant trois ans.
Après cette période de location, SKY du Mali a commencé à acheter ses avions à partir de 2014 et compte aujourd’hui 17 appareils qui lui appartiennent, avec un bénéfice annoncé de plus de 2 milliards de FCFA.
Une recapitalisation présentée comme un préalable
Le poids de cette trajectoire pèse encore sur la relance. Lors du « Ndogou de la presse », le 12 mars 2026, la direction d’Air Sénégal a exposé l’urgence de la situation et avancé une formule pour sortir de l’impasse financière : « remettre les fonds propres à zéro ». Des décisions majeures avaient été prises pour la relance en réunion interministérielle le 3 avril 2025, puis réitérées en Conseil des ministres le 11 février 2026.
Mais leur mise en œuvre reste attendue. « Nous sommes toujours en attente de leur matérialisation effective pour pouvoir décoller seuls », a déclaré Farba Diouf, directeur général adjoint d’Air Sénégal. Cette attente souligne l’enjeu de la recapitalisation : avant de renouveler durablement sa flotte et de développer son réseau, la compagnie doit d’abord retrouver une base financière capable de supporter ses engagements.
Neuf Boeing 737-8 pour changer d’échelle
Air Sénégal a néanmoins affiché une ambition de développement. Le 17 novembre 2025, à Dubaï, la compagnie a officialisé un engagement pour l’acquisition de neuf Boeing 737-8. Il s’agit de sa première commande auprès de Boeing depuis 2004 et de la plus importante de son histoire.
Le directeur général Tidiane Ndiaye a présenté cette opération comme « une étape majeure pour Air Sénégal ». Elle ouvre la perspective d’une flotte plus importante, mais intervient alors que le transporteur cherche encore à assainir ses comptes et à obtenir la matérialisation des décisions publiques annoncées pour sa relance.





