54 États africains veulent défendre leurs ressources et mieux négocier avec les grandes puissances. Mais l’affaire Omar Artan, rapportée par Agenceecofin, et son refoulement des États-Unis ont révélé les limites de cette ambition collective.
Le 12 août, à Salzbourg, l’arbitre somalien a dirigé la Supercoupe d’Europe entre le Paris Saint-Germain et Aston Villa. À 34 ans, Omar Artan est devenu le premier officiel non européen à officier lors de cette rencontre, deux mois après avoir été écarté de la Coupe du monde à la suite de son refoulement des États-Unis.
Sélectionné par la FIFA pour le Mondial, il n’a jamais pu y arbitrer. Refoulé à Miami, il est retourné en Somalie, tandis que son pays protestait. La FIFA a expliqué qu’elle ne contrôlait pas l’accès au territoire américain.
L’Union africaine ne s’est pas publiquement saisie de cette affaire. La CAF affirme avoir accompagné son arbitre et avoir contribué à sa désignation pour la Supercoupe d’Europe. Elle n’avait toutefois pas condamné publiquement son refoulement au moment des faits. Aucune réaction collective des autres États africains n’a émergé.
Cette absence de réponse rejoint les critiques formulées par Boubacar Sèye, chercheur-consultant en migrations internationales, face aux restrictions de visas américains. Il appelle à une réaction africaine concertée et digne, estimant que des décisions unilatérales de ce type interrogent la sincérité des partenariats stratégiques entre l’Afrique et l’Occident. Dans le cas d’Omar Artan, l’enjeu dépassait ainsi le seul parcours d’un arbitre : il portait sur la capacité des États africains à défendre ensemble leurs ressortissants lorsqu’une grande puissance leur impose ses conditions.
Le silence des institutions
Un retrait des sélections africaines du Mondial n’était pas la seule réponse possible. Une protestation commune, une démarche diplomatique ou une demande d’explications auraient pu être envisagées. Le dossier n’a pas pris cette dimension continentale.
Cette situation renvoie directement aux ambitions économiques de l’Afrique. La ZLECAf, les positions communes à l’Organisation mondiale du commerce et les projets de transformation locale des matières premières supposent que les intérêts nationaux puissent parfois être défendus ensemble.
Les grandes puissances cherchent à sécuriser leur accès aux minerais, à l’énergie, aux marchés et aux chaînes d’approvisionnement. Les pays africains disposent individuellement de ressources stratégiques, mais leur poids collectif dépend de leur capacité à agir de manière coordonnée. La même logique vaut pour les questions de mobilité et de visas : sans réponse commune, les rapports de force restent largement définis par les décisions unilatérales des partenaires extérieurs.
Une union commerciale repose aussi sur la confiance entre États. Les chaînes de valeur régionales impliquent des dépendances réciproques, tandis qu’une négociation commune peut être fragilisée par un avantage particulier proposé à un seul pays. Elle suppose également que les États puissent se soutenir lorsqu’un de leurs citoyens est confronté à une mesure qu’ils jugent injustifiée.
Le parcours d’Omar Artan a connu une suite sportive après son retour en compétition européenne. La CAF indique avoir soutenu l’arbitre somalien et contribué à sa désignation pour la Supercoupe d’Europe. Cette reconnaissance sportive ne comble toutefois pas l’absence d’une réponse politique africaine coordonnée au moment du refoulement.
