Affaire ASER-AEE Power : Thierno Alassane Sall livre des preuves de 56 millions d’euros détournés

« Tous savaient » : Thierno Alassane Sall a haussé le ton ce vendredi 12 juin 2026 lors d’une conférence de presse à sa résidence, où il a dévoilé ce qu’il présente comme la preuve documentée d’un détournement massif dans le cadre du programme national d’électrification rurale porté par l’ASER et confié à l’espagnole AEE Power EPC. L’ancien ministre, qui avait accusé le Premier ministre Ousmane Sonko d’avoir rencontré des représentants de Banco Santander le 26 décembre 2024, affirme que l’État sénégalais a déployé sa machine pour faire pression sur lui. Il a d’ailleurs été convoqué à la Section de recherches de Colobane pour être entendu dans cette affaire, après que le Pool judiciaire financier a transféré sa plainte.

Le projet, qui devait couvrir 1 600 localités, est financé par un prêt de 140 millions d’euros (environ 91,8 milliards FCFA) de Banco Santander, garanti par l’État espagnol via la CESCE. Selon l’ancien ministre, plus d’un an après le versement de l’avance, aucun chantier n’avait encore démarré. Le Cercle des Cadres de la République des Valeurs affirme qu’à peine une quarantaine de localités auraient été raccordées sur 1.740 villages, alors que le contrat portait sur un montant global de 91,8 milliards de francs CFA. Il rappelle avoir déposé une plainte au Pôle judiciaire financier sénégalais le 16 octobre 2025, puis saisi la justice espagnole le 23 janvier 2026, qui a ouvert une enquête pour détournement de fonds (Diligencias Previas 140/2026).

56 millions d’euros évaporés en 48 jours

Les relevés bancaires présentés par Thierno Alassane Sall montrent que le compte d’AEE Power EPC chez Banco Santander affichait 22 020 euros avant le 11 juin 2024. Ce jour-là, trois virements totalisant près de 56 millions d’euros y sont arrivés : une avance de démarrage de 28 millions, une avance pour dépenses engagées de 23,3 millions et un crédit commercial de 4,7 millions. Dès le lendemain, l’argent a commencé à fuir vers des dizaines de destinations. Quarante-huit jours plus tard, le solde était tombé sous les 10 millions d’euros. Au 27 février 2026, il ne restait que 1 346,41 euros.

Selon les documents, environ 13,6 millions d’euros ont été dirigés vers 139 comptes dans sept banques espagnoles ; 10,5 millions vers trois entités sénégalaises (SONAC, AEE Power SUARL et Dakar Energie Projects SUARL) ; 1,1 million vers un fournisseur chinois de câbles ; 505 750 euros vers la Côte d’Ivoire ; 38 000 euros vers AEE Power Togo, virés le 26 février 2026, deux jours après l’injonction judiciaire du 24 février. S’ajoutent 19,3 millions d’euros partis vers des comptes de transit internes du groupe AEE, dont les bénéficiaires finaux restent à identifier. Thierno Alassane Sall insiste sur le 17 juillet 2024, où plus de 8,5 millions d’euros ont été convertis en devises sans bénéficiaire identifiable, une opération qu’il qualifie de signal typique de traçabilité brouillée.

Au final, une seule dépense correspond clairement à un achat de matériel : deux factures à un fournisseur chinois de câbles pour 1,1 million d’euros, soit moins de 2% des sommes reçues. L’ancien ministre a également pointé les paiements à la SONAC (7,74 millions d’euros), intervenus après le décaissement de l’avance et avec l’argent de cette même avance, y voyant des « garanties de papier ». Interrogé par Xibaaru, il a annoncé que ces documents seront remis dès lundi au Pôle judiciaire financier sénégalais.

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