Le Sénégal vient de conclure un accord technique avec le Fonds monétaire international, mais les tensions entre l’Exécutif et le Législatif restent vives. Adji Mergane Kanouté appelle à la vigilance et redoute une nouvelle crise politique ou institutionnelle, au moment où le président Bassirou Diomaye Faye cherche un équilibre délicat entre souveraineté économique et respect de l’orthodoxie du FMI.
Secrétaire générale de l’Union pour le développement du Sénégal Authentique (UDS-A) et coordonnatrice de la Coalition Ensemble pour demain, l’ancienne vice-présidente du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar estime que l’accord avec le FMI peut apporter « sans doute un soulagement, à court terme ». Elle insiste toutefois sur la nécessité de rassurer les bailleurs et de mieux gérer la dette. Le Sénégal est déjà en discussion avec le Fonds pour un nouveau programme, ce qui place les autorités face à un enjeu central : préserver leurs marges de décision tout en répondant aux exigences financières de l’institution.
Conclu le 1er septembre 2026 après deux semaines de négociations, l’accord porte sur un programme d’aide de 2,2 milliards de dollars, soit 1 243 milliards de francs CFA, pour la période 2026-2029. Selon dakaractu, son entrée en vigueur reste soumise à l’approbation du Conseil d’administration du FMI.
Les autorités présentent l’opération comme une « gestion active de la dette », mais l’accord de 1 243 milliards de francs CFA s’apparente, dans ses effets, à une restructuration qui ne dit pas son nom. Adji Mergane Kanouté estime que les contreparties ne doivent pas peser sur les Sénégalais ni sur les générations futures. Elle cite notamment le risque d’une suppression de subventions ou d’une hausse des impôts. L’exemple de la Zambie nourrit cette inquiétude : le recours au Cadre commun du G20 n’a pas permis à ce pays d’obtenir un allègement substantiel de sa dette, faisant craindre qu’un ajustement mal maîtrisé ne débouche surtout sur une nouvelle séquence d’austérité.
Le débat sur les fonds politiques alimente aussi la confrontation institutionnelle. Le Conseil constitutionnel a déclaré irrecevable une première proposition de loi sur les crédits spéciaux déposée par la majorité parlementaire de PASTEF, qui en a soumis une nouvelle ce mercredi. La responsable politique juge légitime la demande de transparence, tout en distinguant ces crédits des fonds secrets liés à la sécurité nationale.
La Déclaration de politique générale du Premier ministre Mouhamed Al Aminou Lô constitue un autre point de tension. Prévue le 1er septembre 2026 après un décret présidentiel, elle a été reportée par l’Assemblée nationale au 8 septembre, celle-ci évoquant des « confusions ». Pour Adji Mergane Kanouté, cette déclaration répond à une exigence constitutionnelle.
Elle estime que l’accord technique avec le FMI a ravivé les désaccords entre la majorité parlementaire, son chef Ousmane Sonko, et l’Exécutif. Entre la nécessité de sécuriser le financement du pays et le refus de faire porter l’ajustement sur les ménages, le gouvernement devra donc éviter que la gestion de la dette ne se transforme en crise sociale et politique. Adji Mergane Kanouté a conclu qu’il fallait éviter une nouvelle crise dans les prochains jours, alors que la cherté de la vie demeure au cœur des préoccupations.
