À Kidira, la Falémé agonise et prive les pêcheurs de leurs revenus

À Kidira, les pirogues restent attachées sur la berge et les prises de poisson ont fortement diminué. La Falémé, autrefois essentielle aux pêcheurs, agriculteurs et éleveurs, s’écoule désormais lentement sous le pont reliant Kidira au Mali.

Dans le quartier Bosso, Abdoulaye Kissa affirme ne plus être allé pêcher depuis un mois. Ce professionnel, qui approche de la cinquantaine, explique qu’il fallait autrefois deux heures pour remplir une pirogue. Il arrive désormais qu’une journée entière ne permette de rapporter qu’environ deux kilos de poisson.

La pêche ne suffit plus à faire vivre les habitants. Abdoulaye Kissa s’est tourné vers la couture, tandis que de nombreux jeunes ont quitté cette activité. Harouna Tigampo, président de l’Association des pêcheurs de Kidira et du Comité de veille et d’alerte de la Falémé, dit que les membres du comité passent aujourd’hui leurs journées sous une hutte installée sur la place publique de Bosso.

La pollution de la Falémé inquiète également les habitants, qui hésitent à consommer les poissons encore capturés. Comme l’écrit senegaldirect, les populations redoutent les effets des produits utilisés dans les sites d’orpaillage situés en amont, dans la région malienne de Kéniéba.

Des changements observés depuis 2019

Un comité réunissant des pêcheurs, des agriculteurs et des éleveurs sénégalais et maliens a été créé en 2019. Ses membres avaient alors constaté que l’eau était devenue ocre et boueuse, y compris en dehors de la période d’hivernage.

Moctar Ba, coordonnateur du comité, met en cause des dragues qui travaillent directement dans le lit du fleuve et y rejettent des produits nocifs. Selon les membres du comité, l’orpaillage traditionnel existait auparavant sans provoquer de dégâts majeurs. Ils situent le changement à partir de 2015, avec l’arrivée des dragues mécaniques et l’emploi massif de produits chimiques pour extraire l’or.

Les effets touchent aussi l’agriculture. Moctar Ba, lui-même agriculteur, fait état d’une baisse progressive des rendements. Dans le Boundou, les populations considèrent pourtant la Falémé comme à l’origine de leur territoire et rappellent que ses eaux faisaient vivre des milliers de familles des deux côtés de la frontière.

La crise du fleuve s’ajoute à la situation sécuritaire de l’autre côté de la frontière, qui a paralysé l’activité économique à Kidira. Harouna Tigampo estime que les pêcheurs les plus âgés ne peuvent plus facilement changer de profession.

En mai 2026, quatre dragues clandestines ont été détruites à Wassagara, dans le secteur frontalier de Moussala. Le 14 mai, dix autres machines ont été détruites dans les villages de Wortoukhaty et Toumbifara, dans la commune de Missira Sirimana.

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