LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, M. BASSIROU DIOMAYE FAYE, ET AU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’APIX, M. BAKARY SÉGA BATHILY
600 hectares de Toubab-Dialaw : vous n’avez pas le droit de sacrifier un peuple
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Directeur général de l’APIX,
Cette lettre n’est ni une supplique, ni une menace. Elle est un avertissement républicain.
Elle est l’expression d’une profonde indignation face à la volonté affichée de relancer les opérations sur les 600 hectares de Toubab-Dialaw, alors que demeurent sans réponse les nombreuses interrogations soulevées par les populations, les autorités coutumières et la Diaspora.
Monsieur le Directeur général de l’APIX,
En annonçant le redémarrage des opérations de conciliation avant le lancement des travaux de la Zone économique spéciale, vous présentez ce projet comme une étape naturelle du développement du Sénégal.
Mais derrière les discours sur l’investissement, la compétitivité et la croissance économique, il existe une autre réalité : celle de familles qui craignent de perdre leurs maisons, leurs terres, leur cimetière, leur école, leurs commerces et toute une vie de sacrifices. Cette réalité ne peut être balayée d’un revers de main au nom d’un supposé intérêt économique.
Vous affirmez vouloir conduire ces opérations avec une approche « rigoureuse et profondément humaine ». Une approche réellement humaine commence par écouter les populations, répondre à leurs interrogations et garantir que leurs droits seront pleinement respectés. Elle ne consiste pas à annoncer la reprise d’un processus dont la légitimité est précisément douteuse et contestée.
Pour beaucoup d’habitants de Yenne et de Toubab-Dialaw, cette relance est perçue comme la poursuite d’un dossier hérité de l’ancien régime, un dossier qui continue de susciter des interrogations sur ses conditions de mise en œuvre. Le Collectif Diaspora Toubab-Dialaw demande une annulation pure et simple de cette procédure d’expropriation.
Monsieur le Président Bassirou Diomaye Faye,
Votre élection a suscité un immense espoir.
Vous avez incarné la promesse d’une rupture avec les pratiques opaques, d’un État fondé sur la transparence, la justice et le respect des citoyens.
Aujourd’hui, sur le dossier de Toubab-Dialaw, cet espoir s’effrite.
Depuis de longs mois, les populations multiplient les démarches républicaines : courriers officiels, rencontres avec les autorités, marches citoyennes, mémorandums, appels au dialogue. Vous nous avez rencontré, écouté et promis votre bienveillance. Le Collectif affirme n’avoir reçu aucune réponse officielle permettant d’apaiser les inquiétudes exprimées.
Le silence de l’État est devenu incompréhensible.
Chaque jour qui passe sans clarification est interprété comme un renoncement à l’engagement de rupture qui a porté votre accession au pouvoir.
Le Sénégal ne peut prétendre construire sa souveraineté économique en fragilisant la sécurité foncière de ses propres citoyens.
Il ne peut attirer les investisseurs étrangers tout en laissant les investisseurs sénégalais, notamment ceux de la Diaspora, dans l’incertitude la plus totale.
Des milliers de Sénégalais établis en Europe, en Amérique ou ailleurs ont consacré une partie de leur vie à construire une maison, ouvrir un commerce ou préparer leur retour à Toubab-Dialaw. Ils ont investi dans leur pays avec confiance, patriotisme et fidélité. Aujourd’hui, ces investissements sont menacés au profit des étrangers. Cette situation est inacceptable.
Nous refusons qu’au nom du développement, les droits des populations deviennent une variable d’ajustement.
Nous refusons qu’une logique administrative l’emporte sur la justice.
Nous refusons que l’histoire de Yenne et de Toubab-Dialaw s’écrive sans les femmes et les hommes qui en sont les héritiers légitimes.
Nous le disons avec gravité :
la Diaspora ne restera plus spectatrice.
Elle assumera pleinement sa responsabilité historique.
Elle mènera, aux côtés des populations de Yenne et de Toubab-Dialaw, un combat citoyen, démocratique et déterminé pour protéger les investissements réalisés depuis des décennies, défendre les droits fonciers des communautés concernées et exiger une gouvernance transparente.
Ce combat sera juridique.
Il sera institutionnel.
Il sera médiatique.
Il sera citoyen.
Il sera international.
Parce que protéger la propriété des Sénégalais n’est pas un privilège.
C’est un droit.
Nous appelons le Président de la République à suspendre immédiatement toute procédure concernant les 600 hectares.
Nous appelons l’APIX à privilégier la transparence plutôt que la précipitation.
Nous appelons l’ensemble des forces vives de la Nation à défendre un principe simple : aucun projet, aussi stratégique soit-il, ne peut durablement réussir contre les populations.
Le développement n’a de sens que lorsqu’il respecte les citoyens.
La République n’est forte que lorsqu’elle protège les plus faibles.
Et un État n’est crédible que lorsqu’il tient la parole qu’il a donnée à son peuple.
L’histoire retiendra les choix qui seront faits aujourd’hui.
Les populations de Yenne et de Toubab-Dialaw, elles, n’oublieront jamais.
La Diaspora refuse d’être la variable d’ajustement d’une politique foncière à deux vitesses.
Pourquoi les terres des Sénégalais semblent-elles si facilement mobilisables lorsqu’il s’agit de satisfaire les besoins de grands groupes étrangers, alors que, dans plusieurs pays du Golfe, il est pratiquement impossible pour un Sénégalais ordinaire d’accéder à la pleine propriété foncière dans les mêmes conditions ?
Cette interrogation n’est dirigée contre aucun peuple. Elle est dirigée contre une politique publique qui donne le sentiment que les intérêts des communautés locales peuvent être relégués au second plan.
Le Sénégal est un pays souverain.
Sa terre constitue un patrimoine national, économique, historique et identitaire. Elle ne peut être considérée comme une simple variable d’ajustement au gré de contrats dont les populations concernées ne connaissent ni le contenu exact ni les contreparties réelles.
Depuis des années, l’État appelle avec insistance la Diaspora à investir au pays.
Nous avons répondu présent.
Nous avons construit des maisons.
Nous avons créé des entreprises.
Nous avons développé des commerces.
Nous avons investi nos économies dans nos villages et nos communes, convaincus que notre pays protégerait nos biens.
Aujourd’hui, quel message est envoyé à cette même Diaspora lorsque des investissements réalisés au prix de décennies de sacrifices peuvent être remis en cause par des procédures contestées ?
Quelle confiance un Sénégalais de l’étranger peut-il encore avoir dans la sécurité juridique de son investissement ?
Comment continuer à encourager les enfants de la Diaspora à revenir investir au Sénégal si l’insécurité foncière devient un risque permanent ?
Ces questions dépassent largement le seul dossier des 600 hectares de Toubab-Dialaw.
Elles concernent l’avenir même de la relation entre l’État et sa Diaspora.
Elles concernent la crédibilité de la politique nationale d’attraction des investissements.
Nous demandons également que toute la lumière soit faite sur les processus qui conduisent à ces expropriations successives.
Existe-t-il des mécanismes d’influence, des intérêts particuliers ou des dysfonctionnements institutionnels qui favorisent certaines opérations au détriment des droits des populations ?
Les Sénégalais sont en droit d’obtenir des réponses précises.
La transparence n’est pas une faveur accordée aux citoyens.
C’est une obligation de la République.
C’est pourquoi nous prenons aujourd’hui un engagement solennel.
La Diaspora de Yenne-Toubab-Dialaw portera désormais ce combat sur tous les terrains démocratiques et républicains.
Elle le portera devant les juridictions compétentes, nationales et internationales lorsque cela sera nécessaire.
Elle le portera devant les institutions de contrôle de l’État.
Elle le portera dans le débat public.
Elle le portera dans le débat politique.
Elle le portera auprès des partenaires internationaux attachés au respect des droits des communautés et de la sécurité juridique des investissements.
Ce combat ne vise pas à s’opposer au développement du Sénégal.
Il vise à rappeler un principe simple : le développement ne peut être durable lorsqu’il repose sur la fragilisation des droits de ses propres citoyens.
Nous mènerons ce combat aux côtés des populations de Yenne, avec détermination, dans le respect de la loi, jusqu’à ce que la vérité soit établie et que les droits des citoyens soient pleinement garantis.
M. Idrissa BADJI
Coordinateur du Collectif Diaspora Yenne – Toubab-Dialaw
