Le débat autour du développement du champ gazier Yakar-Téranga, situé dans le bloc de Cayar en offshore profond, relance les interrogations sur la stratégie énergétique du Sénégal et la capacité de mise en œuvre du projet. Un géant gazier, des interrogations, la lecture de Dr Babacar Sarr.
Projet Yakar-Téranga. Petrosen seul face à un défi gazier de plusieurs milliards de dollars. Selon le Dr Babacar Sarr, président de la commission énergie et secrétaire national adjoint chargé de l’énergie au sein du PDS, le principal blocage réside dans l’absence d’un troisième partenaire industriel de référence.
« Le Sénégal connaît un retard dans la production du champ gazier Yakar-Téranga, notamment en raison de l’absence de troisième partenaire. Petrosen se retrouve cavalier seul comme opérateur unique du gisement », a-t-il déclaré à Senego.
Découvert en 2016 avec le puits Teranga-1 par Kosmos Energy, puis renforcé par les forages Yakar-1 et Yakar-2, le projet affiche des ressources importantes estimées à environ 5 TCF pour Teranga et 15 TCF pour Yakar, soit plus de 560 milliards de m³ de gaz.
L’arrivée puis le retrait de BP ont profondément modifié la structure initiale du projet, laissant aujourd’hui une coentreprise composée de Kosmos Energy (90 %) et Petrosen Holding (10 %), avec une option de montée à 34 % pour la partie sénégalaise au moment de la décision finale d’investissement.
Sur le plan économique, le projet vise une production estimée à 630 MMscf/jour, dont une partie destinée au marché domestique (150 à 250 MMscf/jour) dans le cadre de la stratégie “Gas to Power” et “Gas to Industry”. La décision finale d’investissement était initialement attendue en 2026, avec une mise en production envisagée entre 2028 et 2029.
Pour le Dr Babacar Sarr, la question centrale reste celle des capacités nationales. « Petrosen devra mobiliser des milliards de dollars et maîtriser des risques technologiques et industriels majeurs. L’absence de partenaire de poids pose un véritable défi. »
Il souligne également que le retrait de certains partenaires serait lié à des divergences stratégiques sur l’orientation du gaz, entre priorité au marché domestique et exportation de GNL.
Deux options sont aujourd’hui évoquées pour la suite du projet : poursuivre en opérateur national unique ou attirer un nouvel partenaire international afin de partager les coûts et les risques.
Plusieurs analystes estiment que la seconde option pourrait sécuriser davantage le projet, compte tenu de son niveau de complexité et de son intensité capitalistique.
Sur le plan macroéconomique, les projections évoquent des recettes potentielles de 576,3 milliards FCFA entre 2025 et 2027 issues des hydrocarbures, dans un contexte marqué par une forte pression sur les finances publiques, le chômage et la dépendance énergétique.
Pour ses partisans, Yakar-Téranga représente un levier stratégique de souveraineté énergétique. Mais pour ses critiques, le retard dans sa structuration et l’incertitude autour du montage industriel pourraient repousser ses retombées économiques.
Entre ambitions nationales et contraintes techniques, le projet reste à un tournant décisif de son développement.