Le retrait de Kosmos Energy du bloc gazier Yakaar-Teranga suscite interrogations et débats. Pour Mamadou Faye, ancien directeur général de PetroSen, cette décision s’inscrit dans une dynamique économique et stratégique globale du secteur pétro-gazier.
Un retrait sans surprise
Pour Mamadou Faye, la décision annoncée par le Premier ministre Ousmane Sonko n’a rien d’exceptionnel.
« Le renouvellement du permis arrivait à échéance en juin 2026. Kosmos n’ayant plus d’intérêt économique, il était logique qu’elle se retire », déclare ce vendredi Mamadou Faye sur rfm..
Il rappelle que la compagnie faisait déjà face à des difficultés financières, ce qui a pesé dans la décision.
L’échec de la recherche de partenaires
L’un des principaux obstacles reste l’incapacité de Kosmos à attirer de nouveaux partenaires solides, après le retrait de BP (anciennement associé au projet).
« Ce type de projet nécessite des partenaires disposant de capacités techniques et financières importantes. Kosmos n’a pas réussi à en trouver malgré plusieurs années de recherche. »
Un changement de stratégie des majors pétrolières
Selon l’expert, le contexte mondial a profondément évolué : Impact du Covid-19, Montée des énergies renouvelables, Réorientation stratégique des grandes compagnies.
« Aujourd’hui, les majors privilégient des projets moins risqués, avec des investissements limités et des taux de rentabilité élevés, souvent supérieurs à 12-15 %. »
Un projet techniquement complexe et très coûteux
Le développement du champ Yakaar-Teranga représente un défi majeur :
Profondeur : environ 1 800 mètres
Distance entre gisements : près de 50 km
Infrastructures lourdes à déployer
« Pour atteindre le même niveau de production que d’autres projets, il faudra investir entre 15 et 20 milliards de dollars. » Un coût bien supérieur à d’autres projets gaziers de la région.
PetroSen a-t-elle les moyens ?
Sur la capacité de PetroSen à piloter seule le projet, Mamadou Faye se montre sceptique. « Je ne suis pas sûr que PetroSen dispose aujourd’hui des moyens financiers et techniques nécessaires. »
Il insiste sur la complexité technologique, notamment pour : l’étude des réservoirs, la certification des réserves, la définition du plan de développement
Le risque du nouveau code pétrolier
M . Faye met en garde contre une éventuelle bascule vers le nouveau cadre fiscal. « Le nouveau code pétrolier est plus contraignant. Depuis son adoption, aucun contrat de recherche majeur n’a été signé.»
Selon lui, modifier les conditions actuelles pourrait décourager définitivement les investisseurs.
Quelle issue pour Yakaar-Teranga ?
Mamadou Faye estime que la priorité est claire : conserver les conditions contractuelles actuelles
permettre à PetroSen de rechercher de nouveaux partenaires, éviter toute rupture juridique ou fiscale
« Si on change les règles du jeu, il sera très difficile d’attirer des investisseurs. »
Analyse : entre souveraineté et réalisme économique
Le retrait de Kosmos met en lumière un dilemme central pour le Sénégal : Souveraineté énergétique vs Dépendance aux investisseurs étrangers.
Le projet Yakaar-Teranga, stratégique pour le futur gazier du pays, dépendra désormais : de la capacité à rassurer les investisseurs, de la stabilité du cadre réglementaire et des choix politiques du gouvernement.