VFS Global : l’enquête qui dévoile les pratiques commerciales controversées en Afrique

Présente dans 168 pays et en contrat avec 71 gouvernements, la société VFS Global est au cœur d’un business juteux autour des demandes de visas en Afrique. Une enquête de PressAfrik dévoile des pratiques commerciales agressives et des réseaux parallèles qui transforment l’accès au précieux sésame en parcours du combattant pour les demandeurs.

Des bénéfices qui explosent, des services contestés

Entre 2017 et 2024, les bénéfices opérationnels de VFS Global, majoritairement détenue par le fonds américain Blackstone, sont passés de 31 à 171 millions d’euros, soit une multiplication par 5,5. Pourtant, sur la même période, le volume des demandes n’a augmenté que de 15 %, selon les états financiers déposés au Luxembourg. L’entreprise explique cette croissance fulgurante par la vente de services dits à valeur ajoutée (VAS) – SMS d’information, accès à un salon premium – présentés comme optionnels mais souvent facturés sans consentement clair.

Au Sénégal, un ex-employé a confié à l’enquête que le service de notification par SMS était présenté comme quasi-obligatoire, sous pression de la direction. Au Kenya, d’anciens agents ont indiqué qu’ils devaient systématiquement ajouter les frais de SMS et de courrier à la facture, sans informer les demandeurs du caractère facultatif de ces services. Les VAS représentent en moyenne 30 % du chiffre d’affaires mondial de VFS, et jusqu’à plus du tiers au Kenya et en Afrique du Sud.

Des agences parallèles et une complicité présumée

Autour des centres VFS, des réseaux illégaux se sont développés, souvent organisés par d’anciens employés de l’entreprise. À Dakar, des intermédiaires proposent des rendez-vous contre 75 000 à 200 000 FCFA, sans aucune garantie d’obtention du visa. À Kinshasa, un journaliste infiltré a rencontré un employé de VFS qui lui a réclamé 650 euros pour un visa chinois, soit plus du double du tarif officiel.

Face à ces dérives, VFS Global assure mettre en œuvre des mesures de sécurité comme des mots de passe à usage unique, mais les plaintes se multiplient. En juin 2025 au Kenya, Stephen Kubasu, directeur général des opérations, a déclaré que « tous les créneaux de rendez-vous sont disponibles gratuitement sur notre site web officiel » et mis en garde contre les fraudeurs.

Cette situation s’inscrit dans un contexte où l’accès aux visas occidentaux devient de plus en plus difficile pour les Africains. En 2025, 74 % des demandes de visa des Sénégalais vers les États-Unis ont été rejetées, un taux que le député Guy Marius Sagna a qualifié de « business honteux ». Les intermédiaires illégaux prospèrent sur ce désespoir, facturant des services qui ne garantissent en rien l’obtention du visa.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l'exprimer dans un langage respectueux.

";

Laisser un commentaire