Un navire français franchit le blocus iranien du détroit d’Ormuz après avoir modifié une donnée de navigation précise

Le détroit d’Ormuz, voie navigable stratégique, est de facto fermé aux navires occidentaux depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran fin février. Une situation qui vient de connaître une première brèche avec le passage d’un porte-conteneurs appartenant à un armateur européen, survenu le 2 avril dans des conditions de navigation particulières.

Le navire Kribi, battant pavillon maltais et propriété du géant français du transport maritime CMA CGM, a réussi à traverser le détroit. Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, il s’agit du premier passage d’un navire occidental depuis le 28 février. Pour sécuriser sa traversée le long des côtes omanaises et dans les eaux territoriales iraniennes, les données de navigation LSEG montrent que l’équipage a modifié sa destination déclarée jeudi pour y inscrire « Owner France » (Propriétaire France). Cette manœuvre visait à signaler explicitement la nationalité de son propriétaire aux autorités iraniennes avant d’entrer dans la zone sous tension.

Le navire, qui était initialement en route vers Pointe-Noire en République du Congo, a ainsi pu poursuivre sa route. Depuis le 1er mars, la firme de données Lloyd’s List Intelligence recense seulement 150 navires ayant transité par le détroit. La grande majorité d’entre eux sont liés à l’Iran ou à des pays comme la Chine, l’Inde et le Pakistan. Pékin a d’ailleurs exprimé sa gratitude mardi après le passage de trois de ses navires, dont deux appartenant à la compagnie d’État Cosco.

Avant l’éclatement du conflit et les récents bombardements en Iran, le détroit d’Ormuz voyait transiter environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Son blocage a entraîné une flambée des prix du carburant à l’échelle mondiale. Face à cette conjoncture, le président américain Donald Trump a affirmé mercredi que les prix à la pompe baisseraient rapidement une fois la guerre terminée, tout en invitant les pays alliés à trouver eux-mêmes une solution pour rouvrir le détroit, insistant sur le fait que le conflit en valait la peine.

Du côté européen, le président français Emmanuel Macron a déclaré jeudi qu’une opération militaire pour débloquer le passage serait irréaliste, privilégiant une approche diplomatique pour garantir la libre circulation une fois les hostilités terminées. En parallèle, l’ancien ministre iranien des Affaires étrangères (2013-2021), Mohammad Javad Zarif, a esquissé une proposition dans la revue américaine Foreign Affairs. Il suggère que Téhéran pourrait conclure un accord avec les États-Unis en limitant son programme nucléaire et en rouvrant le détroit d’Ormuz, en échange d’un allègement des sanctions économiques.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire