Le Sénégal peut-il vraiment savoir s’il est solvable en se fiant uniquement au ratio dette/PIB ? Alors que le débat sur l’endettement du pays fait rage, une analyse publiée par Financialafrik remet en cause cet indicateur, jugé trompeur.
En novembre 2025, l’agence Standard & Poor’s a dégradé la note souveraine du Sénégal de B- à CCC+, évoquant une vulnérabilité substantielle. Plus tôt, en mai 2026, l’économiste Ndongo Samba Sylla a décrit les projets d’infrastructures comme le TER et le BRT comme des « projets Ponzi », sans impact sur les exportations. Ces critiques ont alimenté la recherche de solutions à la crise budgétaire.
Selon Financialafrik, le ratio dette/PIB — qui atteint environ 119 % pour un PIB estimé à 32-33 milliards de dollars en 2024 — ne reflète pas la capacité réelle du pays à honorer ses engagements. L’analyse avance cinq raisons : il confond un stock et un flux, ne distingue pas dette productive et improductive, ignore les passifs hors dette (comme les retraites), exclut les actifs de l’État (terrains, réserves minières) et peut pousser à brader des actifs pour améliorer l’indicateur.
Plutôt que ce ratio, l’auteur propose de calculer le patrimoine net public : total des actifs moins total des passifs. La Nouvelle-Zélande a adopté cette approche en 1994, inscrivant le patrimoine net dans sa loi budgétaire. Un tel bilan donnerait une vision complète de ce que l’État possède et doit.
Mais le Sénégal n’est pas encore en mesure de produire un tel bilan. L’évaluation PEFA 2020 a révélé que les registres de terrains et de bâtiments publics sont incomplets et non accessibles. La dette officielle exclut aussi les emprunts des établissements publics et des caisses de sécurité sociale, ce qui expliquerait l’écart entre les 119 % annoncés par le gouvernement et les 132 % calculés par le FMI.

