Tribune ONU : Le coup de maître diplomatique de Diomaye Faye

En portant la candidature de Macky Sall à la tribune des Nations Unies, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a fait plus que soutenir son prédécesseur. Il a posé un acte de continuité de l’État et projeté une certaine idée du Sénégal: celle d’une Nation capable de placer ses intérêts au-dessus de ses fractures politiques.

Il y a des discours qui accompagnent une présidence. Et il y a des gestes qui peuvent en révéler une conception. Celui posé le 24 septembre 2026, à la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, appartient à cette seconde catégorie.

En déclarant solennellement: « C’est l’occasion pour moi de renouveler mon appui à la candidature de Macky Sall », et en appelant les États membres à soutenir l’ancien Président du Sénégal au poste de Secrétaire général des Nations Unies, Bassirou Diomaye Faye a dépassé la relation entre deux hommes que l’histoire politique récente avait placés dans des camps opposés.

Il a replacé l’État au centre. Car la question essentielle n’est pas de savoir ce que Bassirou Diomaye Faye pense politiquement de Macky Sall. La question est de savoir ce que le Sénégal doit faire lorsqu’un ancien chef de l’État sénégalais peut prétendre à l’une des plus hautes responsabilités du système international.

Et à cette question, le Président de la République a apporté une réponse: lorsque l’intérêt du Sénégal est en jeu, la Nation doit savoir dépasser ses divisions.

L’ART DE CONSTRUIRE DES PONTS

Le Président n’a d’ailleurs pas seulement défendu un homme. Il a défendu une conception des relations internationales. Le monde, a-t-il expliqué en substance, a besoin de ponts plutôt que de murs, de dialogue plutôt que de confrontation, de coopération plutôt que d’isolement et du droit plutôt que de la force.

Ces mots prennent une dimension particulière lorsqu’ils sont immédiatement suivis du soutien à Macky Sall. En présentant son prédécesseur comme un homme capable de « parler à tous, d’écouter et de bâtir des ponts entre les États membres », Bassirou Diomaye Faye a également projeté une certaine conception de la diplomatie sénégalaise. Une diplomatie qui refuse l’enfermement dans les blocs. Une diplomatie capable de parler à des partenaires différents.

Une diplomatie qui revendique sa souveraineté sans faire de cette souveraineté un synonyme d’isolement. À New York, cette posture s’est également traduite par une activité diplomatique diversifiée. Le Président sénégalais a notamment rencontré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, tout en poursuivant le dialogue avec différents partenaires internationaux. Ce n’est pas l’effacement des convictions. C’est la reconnaissance d’une réalité fondamentale de la diplomatie: un État souverain ne choisit pas entre parler aux uns et ne pas parler aux autres. Il parle à tous lorsqu’il estime que ses intérêts l’exigent.

QUAND L’ÉTAT SURVIT AUX ALTERNANCES

Mais le geste envers Macky Sall porte une signification encore plus profonde. Il touche à la conception même de l’État. Une alternance démocratique ne devrait pas signifier que chaque nouveau pouvoir efface le précédent, recommence l’histoire et transforme toute relation passée en dette politique. Les hommes passent. Les gouvernements changent. Les majorités se succèdent. L’État demeure.

En soutenant officiellement la candidature internationale de son prédécesseur, Bassirou Diomaye Faye envoie ainsi un message qui dépasse Macky Sall lui-même: les divergences politiques internes n’ont pas nécessairement vocation à devenir des fractures diplomatiques permanentes.

C’est précisément dans cette capacité à distinguer la compétition politique intérieure de la permanence des intérêts nationaux que se mesure aussi la maturité institutionnelle d’une démocratie.

Le Sénégal peut débattre de son passé.

Il peut interroger sa gouvernance.

Ses institutions peuvent accomplir leurs missions.

Mais lorsque le pays se présente devant le monde, une autre responsabilité apparaît: celle de défendre ce qui peut renforcer sa présence, sa crédibilité et son influence.

AU-DELÀ DU RÉCIT DE LA CRISE

Ces dernières années, le Sénégal a souvent été observé à travers le prisme de ses tensions politiques, institutionnelles et économiques.

Ces réalités ne disparaissent évidemment pas parce qu’un Président prononce un discours à New York.

Mais le 24 septembre a montré une autre image du pays.

Celle d’une démocratie où une alternance politique profonde peut être suivie d’un acte de continuité diplomatique.

Celle d’un Président qui peut avoir été l’adversaire politique de son prédécesseur et considérer néanmoins que l’intérêt national commande de soutenir sa candidature à une responsabilité internationale. Cette image-là compte également.

Car la crédibilité internationale d’une Nation ne dépend pas seulement de la stabilité de ses institutions.

Elle dépend aussi de sa capacité à démontrer que ses intérêts fondamentaux survivent à ses alternances politiques.

LE SÉNÉGAL VEUT ET DOIT COMPTER

Le discours de New York ne s’est cependant pas limité à la candidature de Macky Sall. Bassirou Diomaye Faye a replacé cette candidature dans une ambition diplomatique plus large: réforme du système multilatéral, meilleure représentation de l’Afrique, réforme du Conseil de sécurité et candidature du Sénégal à un siège non permanent pour la période 2032-2033.

Le fil conducteur apparaît alors plus clairement. Le Sénégal ne veut pas seulement participer au système international. Il veut peser sur sa transformation.

Dans un monde où les équilibres géopolitiques se recomposent, où le multilatéralisme est contesté et où l’Afrique réclame une représentation correspondant davantage à son poids démographique et politique, Dakar cherche à retrouver une capacité d’initiative.

Soutenir un Sénégalais à la tête des Nations Unies et présenter simultanément la candidature du Sénégal au Conseil de sécurité participent d’une même ambition: accroître la présence sénégalaise là où se discutent les affaires du monde.

Le message envoyé depuis New York pourrait alors se résumer ainsi:

le Sénégal ne veut plus seulement être un pays dont on parle. Il veut être un pays qui parle, qui propose, qui dialogue et qui compte.

PLUS GRAND QUE NOS QUERELLES

C’est finalement ici que se situe la portée politique du geste du 24 septembre.

En soutenant Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye n’a pas demandé au Sénégal d’oublier son histoire récente. Il n’a pas demandé aux Sénégalais d’effacer leurs divergences.

Il a simplement posé, à la face du monde, une distinction fondamentale entre l’adversaire politique et l’intérêt national.

Une démocratie suffisamment sûre d’elle-même doit pouvoir assumer les deux.

Débattre avec vigueur à l’intérieur.

Défendre ses intérêts avec unité à l’extérieur.

C’est peut-être cela, au fond, la leçon la plus importante de New York.

La République ne demande pas aux hommes d’oublier leurs différences. Elle leur demande de savoir à quel moment quelque chose de plus grand qu’eux commence.

Ce 24 septembre, à la tribune des Nations Unies, cette chose avait un nom: le Sénégal.

Mamadou Ndiaye

President du Prds

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Un commentaire

  1. Des coups de pied au cul se perdent vraiment…

    Va donc travailler pour gagner dignement ta pitance, au lieu de passer ton temps à donner des leçons aux autres.

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