Trafic de migrants : Youssou Bongo déféré suite à l’interpellation d’un « musicien » au profil inattendu

Le dossier du trafic de migrants connaît un nouveau développement judiciaire impliquant le milieu culturel. L’artiste Youssou « Bongo » Mbaye a été présenté au Pôle judiciaire financier (PJF) au terme d’une enquête menée par la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants (DNLT). Il doit répondre de chefs d’accusation lourds, incluant l’association de malfaiteurs, la tentative de trafic de migrants et le faux et usage de faux.

L’affaire a débuté loin de Dakar, au poste frontière de Rosso. C’est l’interpellation d’un certain M. Diop, carreleur de profession, qui a alerté les services de sécurité. L’homme, qui tentait de regagner le Sénégal après un échec pour rallier l’Europe, a été trouvé en possession d’un titre de séjour belge dont l’authenticité a immédiatement été mise en doute. C’est l’exploitation de cette piste qui a conduit les enquêteurs vers l’artiste.

Selon les éléments de l’enquête relayés par IGFM, le carreleur ne voyageait pas sous sa véritable identité professionnelle. Il avait été intégré à la troupe musicale de Youssou Bongo en tant que musicien, une couverture destinée à faciliter l’obtention de visas. Les investigations révèlent l’existence d’une transaction financière précise : un « dossier de visa en béton » aurait été proposé au candidat au voyage contre la somme de 4 millions de francs CFA, payable après l’arrivée en Espagne.

Les perquisitions et l’analyse des documents saisis ont permis de mettre au jour un dispositif de fraude élaboré. Les enquêteurs ont découvert de faux relevés bancaires à l’en-tête de la Banque islamique du Sénégal (BIS), affichant des soldes créditeurs fictifs de plus de 24 millions de francs CFA. Des affiches de concert, incluant les photographies de ces « faux musiciens », avaient également été imprimées pour crédibiliser la démarche administrative auprès des consulats.

Face aux enquêteurs, Youssou Bongo a nié toute intention délictueuse. Il soutient la thèse de la manipulation, affirmant avoir été abusé par un nommé M. Aïdara, présenté comme l’organisateur principal. L’artiste explique qu’il devait se produire en Espagne pour un concert de bienfaisance en faveur des victimes d’inondations et que l’ajout de ces « invités spéciaux » lui aurait été imposé tardivement. Une version fragilisée par les aveux d’un responsable d’agence de voyage, A. A. Bâ, qui aurait reconnu la confection des faux documents bancaires.

Alors que Youssou Bongo, le carreleur et l’agent de voyage ont été déférés, les investigations se poursuivent pour retrouver les autres maillons de la chaîne, notamment le présumé cerveau de l’opération, toujours en fuite.

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