Thérèse Diouf Faye, présidente du Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique (REFELA) au niveau national et maire de Diarrère, a appelé à un changement de paradigme dans les politiques publiques en faveur des femmes. Lors d’un colloque du REFELA tenu à Dakar, elle a estimé que l’égalité réelle passe par le pouvoir économique des femmes, au-delà de la simple représentation politique.
Selon elle, au Sénégal, au moins 20 femmes sont élues ou dirigent des collectivités territoriales, mais cette avancée ne suffit pas. « Une femme peut siéger dans une instance décisionnelle sans pour autant disposer des moyens nécessaires pour transformer concrètement son environnement », a-t-elle déclaré. Elle dénonce une égalité incomplète, où la participation politique ne s’accompagne pas toujours d’un accès réel aux ressources économiques.
Pour la présidente du REFELA Sénégal, l’enjeu central est l’accès des femmes au foncier, au crédit, aux marchés publics et aux investissements. Elle souligne une contradiction : les femmes représentent une part majeure de la population active, notamment dans l’agriculture et l’économie informelle, mais restent les moins financées et les moins propriétaires. « Comment parler d’inclusion lorsque les principales actrices de l’économie locale ont encore un accès limité aux ressources essentielles ? », a-t-elle interrogé, dans des propos rapportés par Dakaractu.
Cette réalité est illustrée par le mécanisme de Cofina Sénégal, qui a débloqué 480 millions de francs CFA en un an pour les femmes entrepreneures, en s’affranchissant des critères bancaires classiques souvent inadaptés au secteur informel. Un modèle qui montre qu’il est possible de contourner les barrières structurelles, comme le souligne le chercheur Momar Guèye, qui appelle à repenser les politiques de genre vers une approche inclusive. Historiquement, les femmes ont moins accès aux ressources financières et productives, alors que les études (FAO, 2011 ; Duflo, 2012 ; Banque mondiale, 2012) montrent que soutenir les femmes améliore le bien-être des ménages et de la société.
Thérèse Diouf Faye plaide pour que les femmes ne soient plus considérées uniquement comme des bénéficiaires, mais comme des productrices de richesse et des actrices centrales du développement territorial. Elle estime que les collectivités locales sont l’échelle la plus efficace pour impulser ce changement, notamment via l’accès à la terre, les infrastructures économiques et la création d’emplois.
Le colloque a mis en avant plusieurs propositions : la mise en place de budgets sensibles au genre dans les collectivités, des mécanismes de financement dédiés à l’entrepreneuriat féminin, l’amélioration de l’accès aux marchés locaux et une meilleure inclusion des femmes dans les financements climatiques. Ces enjeux résonnent avec l’appel lancé par ONU Femmes et la CEDEAO lors de la Journée des droits des femmes, sur le thème climat et droits des femmes, où Fatou Sow Sarr a souligné les barrières structurelles limitant l’accès des femmes à la justice et à l’action climatique. Ces travaux doivent aboutir à un cahier africain de plaidoyer, destiné à orienter les politiques publiques sur le continent.
