Tahirou Sarr : nationalisme, souveraineté et droits humains ( Dr Taboure AGNE)*

Accuser Tahirou Sarr de xénophobie simplement parce qu’il demande une politique migratoire plus rigoureuse est un raccourci que nous refusons. Le débat doit être posé avec sérieux : il ne s’agit pas de combattre les étrangers, mais de lutter contre les situations irrégulières, les réseaux de traite, l’exploitation des enfants, la mendicité organisée et les occupations anarchiques de l’espace public. La mendicité organisée n’est pas un mythe : bidonvilles informels, enfants de la rue venus du Sahel, campements de fortune en ville — ces réalités posent des problèmes concrets de salubrité et d’ordre public, que la loi sénégalaise interdit déjà. En 2022, le Niger lui-même a rapatrié plusieurs centaines de ses ressortissants mendiant à Dakar ; en 2025, l’État sénégalais a démantelé les campements de Colobane puis de la « Cité Haoussa » aux Mamelles. Ce ne sont pas des fantasmes partisans : ce sont des faits que les autorités sénégalaises et étrangères ont elles-mêmes reconnus en agissant.

Un étranger régulièrement établi au Sénégal n’est pas un délinquant. Un réfugié qui fuit la guerre doit être protégé. Une victime de traite doit être accompagnée. Mais, à l’inverse, aucun étranger ne peut être dispensé du respect des lois sénégalaises — au premier rang desquelles la loi n° 71-10 du 25 janvier 1971 et son décret d’application n° 71-860, qui organisent depuis plus d’un demi-siècle les conditions d’admission et de séjour des étrangers au Sénégal. Exiger une carte de séjour ou sécuriser l’état civil contre l’usurpation n’est donc pas un acte d’hostilité : c’est une prérogative ordinaire de souveraineté, déjà inscrite dans notre droit.

La libre circulation des Africains ne signifie cependant pas l’absence de règles, ni l’abandon par l’État de son devoir de contrôler ses frontières et de maîtriser les conditions d’entrée et de séjour sur son territoire. La CEDEAO garantit la circulation ; elle ne garantit pas un droit de séjour ou d’établissement illimité.

Il faut surtout éviter l’amalgame : nous ne combattons pas des nationalités ; nous combattons des infractions et des réseaux d’exploitation. Notre objectif n’est pas de fermer la porte aux « Africains dans un pays africain », comme l’a justement rappelé Alioune Tine, mais de distinguer clairement les migrants réguliers des passeurs criminels.

Le Sénégalais a lui aussi droit à la sécurité, à la salubrité, à des espaces publics organisés et à une politique migratoire maîtrisée. Revendiquer ces droits ne constitue pas une haine de l’étranger. C’est exercer sa citoyenneté. Notre position est donc claire : ni xénophobie, ni angélisme. Nous voulons une politique migratoire ferme contre les réseaux criminels, mais humaine envers les migrants, les réfugiés et les victimes.

Le nationalisme que défend Tahirou Sarr est un nationalisme humaniste : aimer son pays, défendre sa souveraineté et protéger les intérêts des Sénégalais ne signifie pas détester les autres peuples. La fraternité africaine n’exige pas la disparition des frontières. L’humanisme n’exige pas l’absence de contrôle. Et la souveraineté n’est pas la xénophobie.

Le véritable débat est donc ailleurs : comment faire du Sénégal une terre d’hospitalité tout en restant maître de son territoire, de ses lois et de sa politique migratoire ? C’est cette question légitime que nous devons avoir le courage de poser.

*Secrétaire National chargé des affaires
Juridiques et des Droits de l’Homme

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