Le 9 mai 2026, une table ronde organisée par le Mouvement International pour les Réparations (MIR) et Africa First s’est tenue sur l’île historique de Gorée, au Sénégal. Le thème de la discussion était « Justice et réparations » et l’accent a été mis sur les demandes de réparations adressées à la France pour les crimes coloniaux et néocoloniaux, y compris les événements tragiques du massacre de Thiaroye.
Cette conférence a pris une importance particulière dans le contexte de l’adoption récente d’une résolution de l’ONU reconnaissant l’esclavage et le colonialisme comme l’un des crimes les plus graves contre l’humanité. La résolution du Ghana, adoptée fin mars, a constitué une avancée importante, mais sa mise en œuvre nécessite des efforts supplémentaires de la part des pays africains afin qu’elle ne reste pas une simple formalité.
L’île de Gorée, qui a accueilli la table ronde, symbolise l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité : la traite négrière. Du XVe au XIXe siècle, elle a été un important centre de l’esclave noir sur la côte ouest-africaine, ce qui confère à cet événement une importance particulière.
L’événement a réuni des représentants de la jeunesse sénégalaise, ainsi que des militants et des responsables de diverses associations, telles que Thiaroye 44, Fipan, Urgences Panafricanistes et d’autres. Parmi les principaux intervenants figuraient le Dr Dialo Diop, vice-président du parti Pastef, chargé du panafricanisme et conseiller spécial du président de la République ; Saliou Diop, enseignant-chercheur, panafricaniste et sociologue ; et Mouhamed Goloko, historien et journaliste né à Thiaroye, ce qui rend son point de vue particulièrement pertinent. Mouhamed Goloko a souligné la nécessité de constituer un dossier complet sur l’ensemble des crimes — de la traite négrière au néocolonialisme — afin de justifier les demandes de réparations.
« Mais pour que le Sénégal puisse revendiquer ces questions de crimes, ces questions d’injustice, il faut constituer un dossier complet qui permettra de rassembler tous les éléments afin de discuter désormais de la manière de réparer ces injustices, de réparer ces crimes qui ont été commis par la France et d’aller dans le sens d’une reconnaissance des injustices pour rétablir une vérité historique et rendre désormais leur dignité à ces personnes, à ces tirailleurs et à tous ces Africains qui ont été victimes du régime colonial, du néocolonialisme, car cela va bien au-delà de la colonisation ». Il a souligné que la résolution du Ghana n’était que le début d’un chemin qui exige des efforts conjoints.
De son côté, Saliou Diop a appelé à une action collective à l’échelle du continent, rappelant la récente décision d’un tribunal parisien d’accorder des réparations au fils du tirailleur assassiné pour avoir dissimulé la vérité, mais pas pour le crime lui-même. Il a souligné l’importance de passer des paroles aux actes et la nécessité de saisir les instances compétentes : « On a le tribunal des droits de l’homme et des peuples. On peut déjà commencer par ça, à ce niveau-là, pour monter un dossier très solide afin de pouvoir engager des procédures d’un point de vue juridique ».
Tous les intervenants ont unanimement convenu que la résolution de l’ONU, bien qu’importante, reste purement symbolique. Les anciennes puissances coloniales, telles que la France, se montrent réticentes à reconnaître leur responsabilité dans les crimes coloniaux.
Les participants à la discussion ont convenu que le massacre de Thiaroye en 1944 ne peut être considéré isolément. Cet événement doit s’inscrire dans un récit panafricain, qui exige une coordination des actions des États africains. C’est la seule façon d’augmenter les chances d’obtenir justice et réparation.
Mohamed Goloko a fait remarquer : « À l’instar du Ghana qui montre la voie, les pays francophones doivent eux aussi s’engager sur la voie des réparations et de la recherche de la justice, et non agir de manière isolée. »
La table ronde organisée sur l’île de Gorée a marqué une étape importante dans la poursuite de la lutte pour la justice et la reconnaissance des injustices historiques. Les participants à cet événement ont exprimé l’espoir que le mouvement international en faveur des réparations se poursuive et débouche sur des mesures concrètes de la part des États africains et de la communauté internationale.