Coup de tonnerre dans l’industrie automobile. Le groupe Stellantis a annoncé ce jeudi une perte nette abyssale de 22,3 milliards d’euros pour l’exercice 2025, un chiffre qui le place tristement sur le podium des plus grandes pertes jamais enregistrées par une entreprise française. La cause principale : un virage stratégique brutal et coûteux, abandonnant en partie ses ambitions dans un marché du véhicule électrique bien moins porteur qu’escompté.
Dans le détail, les comptes du géant automobile né de la fusion de PSA et Fiat-Chrysler ont été plombés par une charge exceptionnelle massive de 25,4 milliards d’euros, destinée à solder les frais de sa stratégie électrique déçue. En conséquence, malgré des volumes de vente en légère hausse à 5,48 millions de véhicules (+1%), le chiffre d’affaires annuel recule de 2% à 153,5 milliards d’euros. Le groupe bascule dans le rouge avec une perte opérationnelle courante de 842 millions d’euros et une marge négative de 0,5%, pénalisé également par des effets de change défavorables et une politique de baisse des prix au premier semestre, rompant avec la fermeté tarifaire de l’ère Carlos Tavares.
Face à des ventes de voitures électriques nettement inférieures aux attentes, notamment sur le crucial marché américain, Stellantis acte un revirement spectaculaire. Le constructeur a décidé de céder sa participation de 49% dans la co-entreprise de batteries NextStar Energy et envisage de se désengager de son partenariat avec Samsung aux États-Unis. Plus surprenant encore, le groupe prévoit de relancer des modèles à motorisation thermique, y compris diesel, en Amérique du Nord et en Europe, un pari à contre-courant des tendances de la dernière décennie.
Cette perte de 22,3 milliards est la deuxième plus importante de l’histoire pour un groupe français, derrière le record de Vivendi (-23,3 milliards en 2002) mais devant les déboires passés de France Télécom et d’EDF. Elle pulvérise surtout le précédent record pour un constructeur automobile français, détenu par Renault en 2020 (-8 milliards).
Malgré ce séisme financier, la direction se veut rassurante pour l’avenir, maintenant ses prévisions pour 2026 d’une « amélioration progressive » du chiffre d’affaires et d’un retour à une marge positive. Une lueur d’espoir réside dans la performance du second semestre 2025, où l’activité a rebondi avec un chiffre d’affaires en hausse de 10%, tiré par un bond des ventes aux États-Unis (+39%). Le groupe devra toutefois composer avec des défis de taille, dont l’impact des droits de douane américains, estimé à 1,6 milliard d’euros pour 2026.