Sokhna Gaye Fall, diplômée de l’École nationale des arts et directrice du Mémorial du Joola, présente le site de Ziguinchor comme un espace de transmission. Elle estime que l’exposition doit continuer à se documenter et à s’enrichir pour nourrir le devoir de mémoire et de vérité.
La création du Mémorial à Ziguinchor fait suite à plusieurs années de discussions. L’emplacement initialement envisagé était la Place du Souvenir, à Dakar. L’élargissement du site à la « Place de tous les souvenirs » avait inquiété les familles, qui réclamaient un lieu réservé au naufrage du Joola. En 2015, le président Macky Sall a demandé au ministère de la Culture d’implanter le Mémorial à Ziguinchor.
La région avait payé un lourd tribut : 971 victimes y ont été recensées sur les 1 863 personnes officiellement recensées. Le choix de la ville a donc donné au projet un ancrage direct dans la région la plus touchée. Il permet aussi de transmettre les circonstances du drame : conçu pour environ 500 voyageurs, le Joola transportait une charge qui dépassait ses limites. Le naufrage s’est produit vers 23 heures, mais la Marine nationale n’a été alertée qu’à 7 heures et les secours ne sont arrivés sur place qu’à 18 heures.
Le contenu du site a été élaboré par un Comité scientifique et technique. Ses travaux ont défini le parcours muséographique du Mémorial, conçu pour préserver la mémoire du naufrage et transmettre son histoire. Selon Sokhna Gaye Fall, de jeunes visiteurs viennent parfois sans connaître le drame, ce qui renforce la vocation pédagogique du lieu.
Dans l’entretien publié par dakar92, la directrice indique qu’entre décembre 2025 et septembre 2026, des visiteurs issus d’environ trente nationalités ont franchi les portes du site. Elle juge ces chiffres encore modestes, tout en soulignant l’ouverture internationale du Mémorial.
La réalisation du projet a connu plusieurs étapes difficiles entre 2015 et 2020. Deux premiers terrains présentaient des contraintes techniques et les études géotechniques faisaient apparaître des coûts de construction jugés prohibitifs. Les équipes ont aussi organisé, avec l’Association des familles de victimes, un concours national d’architecture.
Le site définitif a été retenu en 2017, alors qu’une grande partie des terrains appartenait à un propriétaire privé. En 2020, il a fallu libérer les lieux, indemniser les occupants irréguliers et adapter les études techniques au nouvel emplacement. L’emprise actuelle du Mémorial est de 5 838 m².
La scénographie s’est également appuyée sur la collecte d’objets ayant appartenu aux victimes, ainsi que sur une étude d’acceptabilité sociale menée auprès des populations par un socio-anthropologue.



