SENELEC : une ardoise totale de plus de 600 milliards FCFA pèse sur sa trésorerie

Les créances liées aux consommations publiques et aux sommes dues par l’État et d’autres acteurs dépassent 600 milliards FCFA, selon les montants présentés dans le dossier de la SENELEC. Ces impayés pèsent sur la trésorerie d’un fournisseur déjà confronté à la hausse du coût de sa principale source de production : le fuel.

En juillet, les travailleurs de l’entreprise évaluaient à plus de 182 milliards FCFA les factures non réglées par l’administration centrale, les collectivités locales, des agences autonomes et d’autres structures publiques. S’y ajoutent 391 milliards FCFA de compensations tarifaires dues par l’État, près de 60 milliards liés aux exportations d’électricité et environ 9 milliards dus par les concessionnaires d’électrification rurale.

Cette ardoise publique concerne une société dont l’État est à la fois régulateur et actionnaire. Dans son compte rendu du dossier, Senenews rapporte également qu’un audit du contrat de performance portant sur 2022-2024 avait relevé 48,5 milliards FCFA d’impayés d’entités publiques, auxquels s’ajoutaient 15 milliards de pertes non techniques.

Des factures reportées d’un exercice à l’autre

Ministères, hôpitaux, universités, mairies et agences consomment de l’électricité toute l’année, mais les crédits destinés au paiement des factures sont souvent insuffisants. Les impayés s’accumulent, les coupures de courant dans un hôpital ou un ministère étant délicates à mettre en œuvre.

Les compensations tarifaires s’ajoutent aux factures. Elles couvrent la différence entre le coût réel de l’électricité et le tarif payé par les ménages. L’État fixe les prix, puis doit régler l’écart à la SENELEC.

Pour l’entreprise, ces sommes correspondent à des dépenses déjà engagées pour le combustible, l’achat d’énergie auprès de producteurs privés et la maintenance. Cette contrainte prend davantage de poids alors que les coupures se sont multipliées depuis le début du mois de septembre à Dakar et dans plusieurs autres localités, parfois pour de longues durées et de façon répétée. La SENELEC reste largement dépendante du fuel pour produire son électricité, malgré le recours au gaz naturel liquéfié depuis 2020. Le pétrole étant passé de 60 à 100 dollars le baril ces derniers mois, dans le contexte de la guerre avec l’Iran, le coût du combustible alourdit les charges au moment même où les impayés limitent les liquidités disponibles.

Le ministère de l’Énergie considère ces manques à gagner comme le principal frein aux investissements de la SENELEC. En 2025, l’entreprise a lancé un fonds de titrisation de créances visant 120 milliards FCFA.

La trésorerie au cœur des enjeux de production

Au Conseil des ministres du mercredi 30 septembre 2026, le ministre de l’Énergie et du Pétrole a présenté une communication sur l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité, ainsi qu’une autre sur les factures impayées des entités publiques. Les deux sujets se croisent alors que les coupures récentes ont été attribuées à l’indisponibilité de moyens de production face à une forte demande, sur fond de combustible plus coûteux et de tensions de trésorerie.

Environ 200 mégawatts étaient à l’arrêt sur la centrale flottante de Karpowership, tandis qu’une turbine était en panne à Cap des Biches. Une trésorerie limitée réduit la marge de l’entreprise pour entretenir ses centrales, payer ses fournisseurs et constituer des réserves de production. Les clients qui règlent leurs factures peuvent aussi subir les effets des impayés publics.

Lors de ce Conseil, le Président a insisté sur la continuité de la fourniture d’électricité aux populations et aux entreprises. Le dossier appelle notamment un calendrier de règlement des arriérés, une maîtrise de la consommation dans les bâtiments publics et le paiement régulier des compensations. La baisse de tarif décidée en 2025 a entraîné une charge supplémentaire d’environ 18 milliards FCFA, supportée par la SENELEC.

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