Comment garantir à chaque citoyen sénégalais un accès aux soins mieux protégé, alors que les mécanismes de couverture restent dispersés ? Le Sénégal a ouvert une nouvelle étape de sa réforme de la protection sociale en santé avec un atelier consacré à la construction d’un dispositif national intégré.
La rencontre, lancée mercredi à Dakar par le directeur de cabinet du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Dr Amadou Diaw, se poursuit jusqu’au 4 septembre. Elle bénéficie de l’appui de la Banque mondiale et du Bureau international du Travail (BIT). La Banque mondiale a approuvé un financement de 135 millions de dollars pour accélérer les réformes au Sénégal, dont 100 millions de crédit IDA et 35 millions de dons, dans le cadre du programme NAATANGUE 2030. Cet appui donne un levier financier à la refonte engagée, alors que les participants doivent encore arrêter les contours précis du futur dispositif.
Les travaux réunissent des représentants des ministères et institutions publiques, des organismes de couverture maladie, des mutuelles, des assureurs, des partenaires sociaux, des collectivités territoriales ainsi que des partenaires techniques et financiers. Comme l’écrit Apanews, l’objectif est de faire passer les orientations issues du dialogue national à des choix techniques et opérationnels.
Des décisions attendues sur les soins et le financement
Le processus prolonge le dialogue national engagé en novembre 2025 et un atelier organisé en février 2026. Les participants doivent répondre à trois questions : quels soins seront garantis à la population, comment leur financement pourra être assuré dans la durée et quel outil permettra de suivre concrètement les droits des assurés.
Cette question de la soutenabilité dépasse le seul cadre de l’atelier. En août 2026, à Addis-Abeba, le Sénégal a participé au Dialogue ministériel de haut niveau sur le financement durable de la couverture sanitaire universelle. Le ministre de la Santé, Ibrahima Sy, y a réaffirmé l’engagement du Sénégal en faveur de la CSU. La réforme nationale doit donc traduire cet engagement en mécanismes de financement capables de tenir dans le temps.
L’atelier examine notamment les premiers résultats de l’étude actuarielle, les projections financières, l’organisation du futur système d’information intégré, le paquet minimum de bénéfices et les conséquences institutionnelles de la réforme.
La définition du panier de soins constitue l’un des points centraux. Il devra préciser le niveau de prise en charge garanti à chaque personne, en tenant compte des besoins sanitaires, des capacités des structures de soins et de la protection des ménages contre des dépenses trop élevées.
Dr Amadou Diaw a rappelé que les engagements sociaux devront rester compatibles avec les ressources disponibles : « Ce que nous garantissons doit pouvoir être financé. Ce que nous finançons doit répondre aux besoins réels des populations ».
Un système d’information pour suivre les droits
La réforme prévoit aussi une architecture informatique commune. Celle-ci doit améliorer l’identification des bénéficiaires, le suivi de leurs droits, la gestion des prestations et la disponibilité des données nécessaires au pilotage.
Les acteurs doivent établir un état des lieux des systèmes existants, définir une architecture cible et retenir les priorités de son déploiement. Le ministère présente le paquet de soins, le financement, l’organisation institutionnelle et l’information comme quatre chantiers à faire avancer ensemble.
Un cadre élargi par le Code de la sécurité sociale
L’adoption du Code de la sécurité sociale apporte un nouveau cadre juridique à cette évolution. Le dispositif ouvre notamment la perspective d’une couverture pour les travailleurs indépendants et les acteurs de l’économie informelle, tout en affirmant les principes d’universalité, de solidarité, de non-discrimination et d’affiliation obligatoire.
Cette orientation détache progressivement la protection contre le risque maladie de la seule situation professionnelle. Elle impose toutefois de préciser le financement, la gouvernance, l’organisation des régimes et la coordination entre les différents intervenants.
Le financement de 135 millions de dollars accordé dans le cadre de NAATANGUE 2030 peut accélérer cette mise en cohérence, mais il ne remplace pas les arbitrages attendus sur les ressources nationales et la pérennité du dispositif. Le directeur de cabinet a déclaré que l’atelier devait constituer « une étape de décision » et non une réunion supplémentaire.
