Sénégal : Dr Papa Fara Diallo met en garde contre la pensée unique et la radicalisation du débat politique

Les menaces sécuritaires, l’effritement de l’autorité de l’État et la montée des régimes militaires constituent aujourd’hui les principaux facteurs de fragilisation de la démocratie en Afrique de l’Ouest et au Sahel. C’est le diagnostic posé par Papa Fara Diallo, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Gaston Berger, lors de la conférence régionale de haut niveau ouverte ce lundi à Dakar et prévue jusqu’au 17 février.

Intervenant dans le cadre de cette rencontre organisée par le Gorée Institute, Papa Fara Diallo a souligné que, au-delà des coups d’État militaires, la démocratie est aujourd’hui confrontée à une insécurité multiforme qui mine les fondements mêmes de l’État.

Insécurité et zones grises : une démocratie sous pression

Selon lui, l’expansion de la criminalité transfrontalière et la menace djihadiste, particulièrement au Sahel, ont favorisé l’émergence de vastes « zones grises » où l’État n’exerce plus son autorité. Dans ces espaces, des groupes armés imposent leur loi, affaiblissant durablement la légitimité des institutions publiques.

« Tant que l’État n’aura pas parachevé son processus d’institutionnalisation en garantissant la sécurité et le monopole de la violence légitime sur l’ensemble de son territoire, cette vulnérabilité persistera », a-t-il averti au micro de Senego. Les travaux de recherche du projet RESDECS ont, à cet effet, mis en évidence de fortes turbulences sécuritaires aux frontières de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Sénégal.

Transitions militaires : une légitimation encadrée

Le chercheur a également décrit le schéma récurrent des transitions militaires dans la sous-région. Après la prise du pouvoir, les juntes suspendent généralement la Constitution et mettent en place des comités de transition. Si des civils, des acteurs politiques ou des représentants de la société civile sont progressivement associés, l’essentiel du pouvoir stratégique demeure, selon lui, concentré entre les mains des militaires.

Cette dynamique est particulièrement visible dans les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), où les autorités de transition cherchent à verrouiller les leviers du pouvoir, allant parfois jusqu’à suspendre les activités des partis politiques par simple décret.

Des dérives qui concernent aussi les régimes civils

Pour Dr Diallo, la crise démocratique ne saurait toutefois être imputée uniquement aux militaires. Certains régimes civils, pourtant issus des urnes, adoptent des pratiques répressives ou engagent des réformes constitutionnelles perçues comme des reculs démocratiques, à l’image de situations observées au Bénin ou au Togo.

Même au Sénégal, pourtant doté d’une société civile dynamique, Papa Fara Diallo alerte sur les dangers d’une pensée unique et d’un clivage partisan exacerbé, notamment sur les réseaux sociaux, susceptibles de fragiliser la cohésion nationale.

Anticiper plutôt que subir les crises

Clôturant son propos, Dr Papa Fara Diallo a insisté sur la nécessité de repenser la démocratie comme un modèle universel à adapter aux réalités socioculturelles africaines, sans en renier les principes fondamentaux de pluralisme et de participation citoyenne. Le projet RESDECS, a-t-il expliqué au micro de Senego, ambitionne justement d’aider les États à passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation et de prévention des crises, à travers des analyses comparatives et des recommandations stratégiques destinées aux décideurs.

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