Lors du sommet Africa Forward tenu à Nairobi les 11 et 12 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a enchaîné les entretiens autour du dossier de la dette sénégalaise. L’enjeu est clair : éviter un défaut de paiement, c’est-à-dire l’incapacité d’un État à honorer ses échéances, avec un risque de choc pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Le chef de l’État a d’abord échangé avec Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI. Il lui a présenté des mécanismes d’échange de dette destinés à permettre au Sénégal de continuer à se financer sur le marché régional. Ce marché regroupe notamment les émissions d’obligations souveraines des États de l’Uemoa. Dans ce dispositif, la BOAD investit une partie de sa trésorerie dans ces titres publics dans le cadre de sa gestion des liquidités, selon des informations reprises par Seneplus.
Le dossier reste toutefois loin d’être réglé. Des informations publiées par Jeune Afrique indiquent que le FMI attend encore plusieurs documents pour bâtir un programme d’aide au Sénégal. Bassirou Diomaye Faye se serait engagé auprès de Kristalina Georgieva à suivre ce point personnellement. Les discussions entre Dakar et l’institution durent depuis près de dix-huit mois sans déboucher sur un accord.
À Nairobi, la mobilisation a dépassé le seul cadre du FMI. Emmanuel Macron a eu un échange direct avec le président sénégalais et, d’après une source proche des négociations citée par Jeune Afrique, il a assuré que la France ne laisserait pas tomber le Sénégal. Dans le même temps, la situation est suivie avec inquiétude en Côte d’Ivoire, où des banques détiendraient environ 40 % de la dette sénégalaise. Un défaut de Dakar pourrait donc provoquer une onde de choc sous-régionale. La Banque africaine de développement est aussi concernée, le Sénégal figurant parmi ses principaux emprunteurs.
La recherche d’une issue s’est compliquée avec les hostilités au Moyen-Orient. Abu Dhabi et le Koweït s’étaient engagés, après des visites de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, à mobiliser entre trois et quatre milliards de dollars via leurs fonds d’investissement. Mais cette option est désormais fragilisée. Une source impliquée dans les discussions estime même qu’aucune sortie de crise n’est envisageable sans programme avec le FMI, le marché régional des titres publics ne pouvant absorber seul tous les besoins de financement de Dakar.