Un enfant sur cinq ne possède pas d’acte de naissance au Sénégal, révèle une série de reportages de Seneweb. Derrière ce chiffre, un point commun : des géniteurs qui disparaissent après une naissance, abandonnant les mères face à la honte sociale et à la stigmatisation. Nombreuses sont celles qui renoncent à déclarer leur enfant, redoutant de lui imposer un nom unique synonyme de rejet.
Comme le souligne une analyse publiée par Seneplus, le cadre légal sénégalais aggrave cette précarité. L’article 196 du Code de la famille interdit à un enfant né hors mariage de rechercher sa filiation paternelle, quand bien même les tests ADN permettent aujourd’hui de l’établir avec certitude. L’article 52 exige que le père se présente en personne pour faire inscrire son nom sur l’acte de naissance. Plus paradoxal encore, l’article 215 peut contraindre un homme à verser une pension alimentaire sans que sa paternité soit juridiquement reconnue.
L’analyse appelle à la suppression de la distinction entre enfants « légitimes » et « illégitimes » et au relèvement de l’âge légal du mariage des filles à 18 ans. Elle rappelle que le président Bassirou Diomaye Faye s’était engagé, dans son programme, à réviser les dispositions discriminatoires du Code de la famille, une promesse toujours en attente de concrétisation.
À ces obstacles juridiques s’ajoute une fragilité chronique du système d’état civil. L’affaire « Bébé Diène », qui a défrayé la chronique en mai 2026, avait exposé au grand jour les défaillances structurelles de l’enregistrement des naissances, privant de nombreux Sénégalais d’une existence administrative.
