Résultats du référendum: Une victoire au goût de cendre, Par Ababacar FALL
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Résultats du référendum: Une victoire au goût de cendre, Par Ababacar FALL

A l’issue du référendum du 20 mars, les urnes viennent encore une fois de livrer leurs secrets. En effet, les résultats provisoires  qui viennent d’être publiés par la Commission Nationale de Recensement des Votes donnent d’ores et déjà le camp du OUI vainqueur du NON avec des scores asymétriques.

Tout observateur averti devra en tirer les conséquences  les plus objectives en ayant  une lecture lucide  du message que le peuple vient d’adresser aux acteurs impliqués dans ces joutes référendaires au risque de passer à côté et de se tromper lourdement. Le débat entretenu sur la défaite de tel ou tel leaders dans son bureau n’a aucun intérêt, et n’a aucune valeur scientifique pour qui connait le système  de domiciliation des électeurs dans les bureaux de vote car nul ne choisit les électeurs de son bureau. Seul, le camp des abstentionnistes gagne au change en refusant de se laisser entrainer dans un débat qui est loin de ses préoccupations quotidiennes.

De mon point de vue cette petite victoire apparaît comme une contreperformance pour le Président Macky SALL et son camp au vu des moyens colossaux mis en branle et de la débauche d’énergie déployée  par le Président de la République lui-même et s’annonce comme une marche sur un champ de mines en direction des échéances futures de 2017 et 2019 qui pourrait être fatale à son pouvoir.

Dans l’histoire politique contemporaine, les défaites des candidats à l’élection présidentielle sont toujours précédées de signes annonciateurs. Aux législatives de 1998, le parti socialiste avait somme toute raflé la majorité des sièges à l’Assemblée Nationale avec une courte majorité de 50,20 % là où l’opposition réunie totalisait 49,80 %. Faisant une bonne lecture de ce rapport de force, elle travaillât à bâtir une plateforme solide autour du principal parti de l’opposition incarné par le PDS pour venir à bout du Président Diouf à l’élection présidentielle de 2000 d’abord sous la bannière  de la CA 2000 au premier tour et ensuite avec le FAL  au deuxième tour.

La défaite du Président Wade en 2012 a été également précédée  des mêmes symptômes ; en effet c’est à la suite des élections locales de 2009 que le PDS, bien qu’ayant gagné le plus grand nombre de collectivités locales (293/474)

avec 970.220 voix contre (181/474) pour l’opposition qui a obtenu 683.688 voix soit 32,41 %, a vu les grandes villes basculer dans le giron de l’opposition. Au vu des résultats globaux sur l’ensemble du territoire national, le PDS totalisait 48,55 % là où l’opposition et les listes concurrentes qui étaient dans la mouvance présidentielle  faisaient 51,45 %, les populations donnaient ainsi  le coup de semonce qui dessinait la défaite de Wade en 2012 en plus d’autres facteurs dont le plus important fut sa candidature controversée à un troisième mandat.

La lecture qu’il me semble utile de tirer des résultats de ce référendum est que les scores obtenus de part et d’autre dans un contexte de bipolarisation asymétrique à douze mois des législatives et à 34 mois de la présidentielle de 2019 apparaissent  comme un message codé en direction des acteurs politiques ; message qui pourrait être déchiffré en ces termes. A l’opposition et ses alliés de circonstance, le peuple dit: on vous a entendu; au Président Macky SALL  et son camp, il donne un avertissement. A chacun maintenant de tirer les enseignements lui permettant d’affiner sa stratégie en direction des échéances futures. En tout état de cause, le score  du camp du OUI apparait comme une victoire au  goût de cendre.

A côté de cette tentative de bipolarisation de l’espace politique, essayent d’émerger des forces sociales constituées de la société civile et des mouvements citoyens qui tentent dans le cadre des nouvelles transitions en cours de se frayer un chemin. Dans la perspective historique du renforcement de la citoyenneté en tant que socle indispensable d’une éthique collective qui soumet l’ensemble des acteurs au strict respect des règles, des valeurs et des principes de la république, il est essentiel que la société civile continue de jouer son rôle  de veille pour que ces fondamentaux ne soient remis en cause par une rupture d’égalité des acteurs et des citoyens devant les lois de la concurrence ou de la compétition qui régissent tout démocratie républicaine.

De larges segments de notre société  considèrent  que les politiques dans l’ensemble ont échoué  car après deux alternances démocratiques, aucun des gouvernements qui se sont succédé n’a réussi à réaliser les changements sociaux ; sous ce rapport,  il urge plus que jamais  de trouver une alternative crédible à la crise multiforme que traverse notre pays ; c’est là tout le sens qu’il faut donner au combat pour des réformes en profondeur de notre système de gouvernance.

Ababacar FALL 

Expert électoral

secrétaire général

du groupe de recherches

et d’appui conseil

pour la démocratie participative

 et la bonne gouvernance-Gradec

Email : mbayebabacar2355@gmail.com

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