Respectueuse missive à Monsieur le Président de la République du Sénégal (Par Samba Diouldé Thiam)

Face aux fortes pluies qui ont durement touché Dakar, Samba Diouldé Thiam leader du Parti de la Renaissance et de la Citoyenneté (PRC) interpelle le président de la République sur la gestion des inondations et leurs causes structurelles. Dans une tribune, l’ancien député appelle à revoir en profondeur les politiques d’urbanisation, d’assainissement et d’aménagement du territoire, tout en formulant plusieurs propositions, dont la libération du site du Technopole et une meilleure déconcentration des activités économiques hors de l’axe Dakar-Thiès-Mbour.

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Dans ces derniers jours, il a beaucoup plu sur le pays et surtout sur la Région de Dakar.

La capitale est quasiment noyée.

Je suis natif de Matam au bord du Fleuve Sénégal.

Je sais que l’on peut être inondé par les eaux selon deux modalités : le débordement des eaux du fleuve, expérience que tous les riverains connaissent, ou bien par l’accumulation et la stagnation des eaux de pluie, ce qui est le cas actuel de Dakar.

Ces deux modalités ont deux noms distincts en pulaar : « ilam » et « toɓndogam ».

Les deux peuvent se cumuler ce que Matam a vécu en 1950 et 1958.

Le Président Mamadou DIA se rendit à Matam à l’occasion de celle, dernière évoquée, pour inspecter et ordonner l’action du gouvernement.

Je partage la douleur de mes concitoyens de Dakar.

En 2024, beaucoup de villages de Bakel à Dagana furent ravagés par les eaux.

L’action du gouvernement fut terriblement timorée et le Président de la République ne fut que furtivement présent en un seul endroit de cet immense espace hydrique.

Monsieur le Président,

Vous êtes hors du pays, à son service et à celui de votre charge communautaire.

Je comprends qu’il n’a pas été facile de ficeler vos rendez-vous et donc s’il vous plaît bouclez le calendrier.

Peut-être que certains compatriotes ne sont pas de cet avis.

À votre retour vous irez dans l’eau à la rencontre du peuple de Dakar.

C’est bien.

C’est un symbole et une image.

La présence du chef suprême des armées n’est pas d’être au front, mais là d’où doivent partir ses ordres.

Je voudrais, avec votre permission, vous suggérer de faire bouger les lignes du diagnostic de la noyade de Dakar pour que la thérapie soit repensée en profondeur.

J’apprends ce matin l’annonce du Premier ministre d’une enveloppe de 921 milliards pour « l’assainissement structurel » du pays.

Dans le diagnostic de nos noyades cycliques, deux points cardinaux me semblent s’imposer.

Dakar est surpeuplée en raison des politiques publiques poursuivies depuis 1960, faisant de la capitale un mirage paradisiaque et le reste du pays un désert démographique, économique, social et culturel.

Il faut non seulement infléchir cette courbe, mais il faut rompre avec cette avancée zombie.

Il en va de la stabilité de nos institutions et de notre pays.

En second lieu, tous les projets d’assainissement et de lutte contre les inondations de l’indépendance à maintenant sont des échecs, malgré l’énormité des sommes dépensées ou parfois de certaines décisions.

Voilà que le PM, comme un charmeur de serpents, annonce près de 1000 milliards !

Dans un passé proche, pour sauver Saint-Louis d’une inondation, le Président Abdoulaye WADE, que j’aime et respecte, a pris la décision la plus irréfléchie de ses 12 ans de pouvoir : le dynamitage du barrage naturel qui régulait la jonction du fleuve à la mer.

Ce fut un outrage monstrueux à la nature et à l’environnement.

Cette rupture d’équilibre est irréversible et irréparable.

Le pays ne pourra pas empêcher Dakar de se noyer à nouveau, tout dépendra du niveau et de l’étendue de la noyade.

Parce que la politique, l’administration et l’affairisme facile et corrompu ont pris possession du foncier partout.

Partant de ces deux éléments centraux du diagnostic, examinons quelques éléments de la thérapie.

Monsieur le Président de la République,

1. Décidez de rendre le site du Technopole aux eaux de ruissellement en faisant dynamiter tout ce qui y est construit.

2. Obligez toutes les nouvelles constructions à s’élever sur pilotis et à rendre le rez-de-chaussée inhabitable. Le bénéfice est double : trouver où garer pour les habitants et en cas d’inondation, épargner la perte de ressources considérables. Il faut respecter l’eau et lui rendre tous ses droits bafouillés.

3. Mettez en place une politique conséquente d’incitation pour orienter les investisseurs vers des zones franches et autres éloignées du périmètre Dakar-Thies-Mbour.

4. Deux corridors ferroviaire et fluvial menant vers le Mali sont d’une importance stratégique et sécuritaire évidente pour contribuer à la compétitivité de nos échanges avec l’UEMOA et la CEDEAO.

Monsieur le Président de la République,

Les Sénégalais ont trop de temps d’inoccupation économique.

L’inoccupation est source d’instabilité et de violence.

C’est pourquoi la réhabilitation économique du monde rural va bien au-delà de la « souveraineté  » alimentaire !

Monsieur le Président,

Essayez plus énergiquement de sortir les Sénégalais du cinquième sous-sol où ils risquent de devenir des mutants incontrôlables.

Monsieur le Président de la République,

Que 2029 ne borne pas votre horizon pour vous empêcher de déployer vos ailes.

Vous êtes déjà dans notre histoire et je crois que vous souhaitez y demeurer comme une figure remarquable.

Agissez en conséquence, en replaçant le Sénégal sur une orbite de grandeur et non de déclin.

Vous avez des décennies de vie devant vous.

Les Sénégalais ont besoin de boussole, de confiance, d’équité et d’empathie.

Ils doivent travailler dur et festoyer moins.

Le paraître et le désordre rongent notre société.

Nous n’avons besoin ni d’un dictateur ni d’une chiffe molle mais d’un entre-deux réellement démocrate.

Jusqu’à preuve du contraire on vous croit être l’entre-deux.

Respectueusement,
Samba Diouldé THIAM

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