Le vendredi 17 juillet 2026 marquera une date clé dans la vie politique sénégalaise. L’ancien président Macky Sall effectue son grand retour à Dakar pour une rencontre avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye, au palais présidentiel. Cette audience, la première entre les deux hommes depuis la passation de pouvoir en avril 2024, intervient dans un contexte diplomatique et politique particulièrement dense, alors que l’ex-chef de l’État mène une campagne active pour succéder à António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies.
Cette visite éclair, qui ne devrait durer que quelques heures, s’inscrit dans le cadre des consultations entreprises par Macky Sall pour élargir le soutien à sa candidature onusienne . Après un périple diplomatique qui l’a notamment conduit à Paris le 2 juin pour un entretien avec Emmanuel Macron , l’ancien président sénégalais espère désormais obtenir le précieux soutien officiel de son pays d’origine. Jusqu’à présent, le Sénégal a choisi la neutralité, une position justifiée par l’absence d’information directe sur cette candidature présentée par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine.
La rencontre revêt une dimension politique d’autant plus significative qu’elle intervient après la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko. C’est pourtant sur la promesse d’une rupture avec l’ancien régime et en s’opposant frontalement à Macky Sall que le duo Faye-Sonko avait conquis le pouvoir en 2024. La campagne présidentielle s’était construite sur la critique acerbe du bilan de Macky Sall, notamment la gestion du crise de 2023-2024, marquée par des manifestations meurtrières et un recul démocratique. Le nouveau président avait incarné l’espoir d’un Sénégal souverain, affranchi des réseaux d’influence traditionnels et notamment des liens étroits avec Paris que Macky Sall avait entretenus durant ses douze années au pouvoir.
La main tendue à l’ancien président, celui-là même qui avait empêché Ousmane Sonko de se présenter et l’avait conduit en prison, apparaît dès lors comme un reniement des engagements de campagne. En renouant avec Macky Sall, que des sources proches de l’Élysée décrivent comme l’un des dirigeants africains les plus proches de la France, Bassirou Diomaye Faye semble amorcer un virage diplomatique. Sa rencontre avec le président français en amont de ce rapprochement avec Sall, conjuguée à la diminution des critiques de l’APR, le parti de l’ancien président, à son encontre, alimente les soupçons d’un alignement sur les intérêts de l’ancienne élite.
La rencontre du 17 juillet entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall, deux figures que tout oppose, constitue un moment de vérité pour la démocratie sénégalaise. Elle révèle les contradictions d’un pouvoir qui, à peine installé, semble déjà s’éloigner des promesses de rupture qui ont porté son accession à la magistrature suprême. En tendant la main à celui qui symbolise l’ancien régime, le président Faye risque de décevoir profondément les électeurs qui avaient placé en lui l’espoir d’un renouveau démocratique et d’une réelle souveraineté nationale. Le Sénégal se trouve à un carrefour de son histoire politique, où la défense des intérêts personnels et des calculs électoraux semble prendre le pas sur les aspirations populaires à un véritable changement.
Par Ousmane Diatta, analyste politique
