Le Pr Abou Kane, agrégé d’économie et directeur du Laboratoire d’économie publique de l’UCAD, décrypte sans concession l’état des finances publiques du Sénégal, entre pression de la dette, tensions fiscales et défis de relance.
Interrogé sur l’hypothèse d’une restructuration de la dette, il rappelle qu’elle revient à « reconnaître son incapacité à honorer ses engagements » et à demander aux créanciers de revoir les modalités de remboursement. Une option qui, selon lui, serait « néfaste pour le Sénégal » car elle « réduirait considérablement la crédibilité du pays » auprès des investisseurs et contredirait les engagements de ramener le déficit à 3 % en 2027.
Pour sortir du « cercle vicieux » de l’endettement, M. Kane dans L’Obs, recommande de « négocier séparément la dette cachée révélée par la Cour des comptes et Mazars », de privilégier les financements concessionnels et un recours mesuré au marché régional. Mais ces leviers doivent impérativement être accompagnés d’un assainissement interne : « La bonne santé des entreprises privées doit redevenir une priorité. Sans elles, il n’y aura pas de hausse durable des recettes fiscales. »
Concernant la stratégie gouvernementale axée sur une hausse des prélèvements, le Pr Kane avertit : « Trop appuyer sur la fiscalité peut avoir des effets pervers ». L’État cherche un financement endogène, dit-il, surtout parce que « les marchés internationaux sont devenus quasiment inaccessibles ».
Sur la lenteur du FMI à conclure un nouveau programme, il estime que l’institution est « embarrassée ». Selon lui, le Sénégal tente de « faire renoncer le FMI à ses principes » en refusant une restructuration malgré une dette équivalente à « 132 % du PIB ». Le gouvernement, engagé dans le chantier « Sénégal 2050 » et le PRES, craint qu’une restructuration soit « un aveu d’impuissance ».
La chute récente des euro-obligations du Sénégal traduit une « perte de confiance des investisseurs », mais il appelle à relativiser : un simple événement, comme « le retour du FMI », peut inverser la tendance.
Concernant la loi de finances 2026, il juge la démarche « sincère » malgré certains choix discutables. Les hausses de recettes (+1 174 milliards) et de dépenses (+819 milliards) sont « précisément détaillées ». Il souligne aussi l’augmentation logique des intérêts et commissions (+258 milliards) dans un contexte d’endettement élevé. Le budget prévoit un recours massif à l’emprunt, « plus de 6 000 milliards », dont 70 % destinés uniquement à amortir la dette passée.
Encore un économiste à la solde du régime ! Sans intérêt !
Combien de fois on est passé au club de Paris sans conséquences néfastes. Il faut démystifier la dette. Tous les pays qui investissent pour le développement sont endettés. Par rapport à la dette, il y a toujours des arrangements possibles. Les bailleurs de fonds dont c est le métier, savent toujours pourquoi un pays est très endetté. Professeur, vos théories sont vraies. Mais il faudra vous éloigner du tableau noir de la fac pour voir ce qui se passe dans le monde