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Plus qu’une coiffure : « ce que révèle la polémique autour de la nouvelle ministre des Sports », (Ndeye Coumba Thioune)

Le mal est profond. Et doublement profond. En 2026, une femme ne devrait pas avoir à se justifier sur sa coupe de cheveux. Ce qu’elle décide de faire de ses cheveux ne regarde qu’elle : rasés, naturels, tressés, défrisés, longs ou courts. Ses cheveux lui appartiennent. Son corps lui appartient.

Au fond, cette polémique nous parle moins de la ministre Djireye Clotilde Coly que de nous-mêmes.

Elle nous interroge sur notre rapport au corps des femmes, sur notre besoin de le commenter, de le juger, de l’encadrer, et parfois même de lui imposer ce qu’il devrait être. Peut-être est-il temps d’accepter qu’une femme puisse être ministre, compétente, respectable et pleinement féminine, avec ou sans cheveux.
Et peut-être est-il temps, surtout, de cesser de faire du corps des femmes un débat public.

Mais au-delà de cette polémique, ce qui est véritablement mis à nu, c’est notre rapport collectif aux cheveux de la femme noire. Car cette histoire n’est pas qu’une histoire de cheveux.

C’est une histoire de liberté. Mais c’est aussi une histoire de mémoire. Une mémoire coloniale dont nous n’avons peut-être pas encore totalement pris la mesure.

La colonisation, l’aliénation culturelle, et avec elles les modèles de beauté importés, sont passés. Progressivement, souvent inconsciemment, nous avons appris à associer le beau au plus clair, le désirable au plus lisse, le présentable au plus proche des canons occidentaux.

Au point qu’aujourd’hui, dans l’imaginaire de nombreuses sociétés anciennement colonisées, et particulièrement au Sénégal, une femme est souvent considérée comme plus belle lorsqu’elle éclaircit sa peau, cache ses cheveux sous une perruque, triste illustration de la misère de femmes indiennes ou pakistanaises obligées de vendre leurs cheveux au summum de la misère sociale, ou transforme la texture naturelle de ses cheveux pour les rapprocher d’un idéal qui n’est pas le sien.

Le plus troublant est peut-être que ces injonctions ne sont plus imposées de l’externe. Elles ont été intériorisées. Elles se transmettent désormais entre nous, parfois même entre femmes, comme des évidences. Et lorsque surgit une femme qui refuse certains de ces codes, qui choisit ses cheveux courts ou rasés, ce n’est pas seulement son apparence qui dérange.

C’est son refus de se conformer. Car une femme libre est toujours dérangeante. Une femme qui refuse les injonctions est toujours dérangeante. Une femme qui ne cherche pas à correspondre à la majorité est toujours dérangeante.

Et c’est peut-être cela que révèle cette polémique. Non pas que les cheveux d’une ministre soient un problème. Mais que nous continuions, des décennies après les indépendances, à porter dans nos regards les vestiges invisibles d’une domination culturelle qui nous a appris à admirer davantage ce qui nous éloigne de nous-mêmes que ce qui nous ressemble.

Le véritable débat n’est donc peut-être pas celui de la coiffure d’une femme. Le véritable débat est celui du regard que nous portons encore sur nous-mêmes.

Nous avons obtenu nos indépendances politiques. Mais nos imaginaires, eux, sont-ils véritablement décolonisés ?

Ndeye Coumba Thioune
Ingénieure en Biotechnologie, Industries du vaccin

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2 commentaires

  1. C’est vous qui participez à enflammer cette polémique. Laisser cette dame en paix elle saura se défendre si tant est qu’elle en est capable.

  2. Thiéye Sénégal !
    La compétence ou l’incompétence de quelqu’un n’a aucune importance. Si c’est un docteur encore mieux, s’il a un look d’enfer c’est sublime. On aime les futilités c’est pour ça que depuis 1960 on nous parle de son excellence, honorable, monsieur ceci madame cela, etc… et rien ne change.
    La ministre doit régler les impers de la coupe du monde sinon si on est éliminé dès le premier tour les choses risquent de chauffer au Sénégal.

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