Ndongo Samba Sylla propose trois pistes pour sortir l’Afrique de la dépendance au FMI

Depuis son indépendance, le Sénégal a signé 22 accords avec le Fonds monétaire international (FMI). Une dépendance qui ne cesse d’alimenter le débat sur le rôle réel de l’institution en Afrique. Dans une enquête vidéo publiée ce mois-ci, la chaîne AJ+ français dresse un réquisitoire documenté contre le FMI, en s’appuyant notamment sur les analyses de l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, directeur Afrique du think tank IDEAs.

Le fonctionnement est toujours le même, explique AJ+ : un pays africain à court de devises obtient un prêt en échange de mesures d’austérité — coupes budgétaires, hausse d’impôts, dévaluation. Pour Ndongo Samba Sylla, cette logique est absurde : réduire les dépenses en monnaie locale ne produit pas les dollars nécessaires au remboursement. L’économiste compare cela à un tailleur emprisonné pour ne pas avoir livré une robe, alors que l’emprisonnement ne la fabriquera pas. Une contradiction déjà pointée en 1980 par le Camerounais Joseph Tchundjang Pouemi, qui qualifiait le FMI de « Fonds de misère instantanée ».

Selon Seneplus, l’économiste allemand Jörg Guido Hülsmann va plus loin : il affirme que le FMI soutient en priorité des gouvernements dépendants ou corrompus, comme celui de Mobutu au Zaïre, plutôt que des régimes populaires. Les trois pays africains les plus endettés auprès de l’institution — l’Égypte, la Côte d’Ivoire et le Kenya — ne sont pas les plus nécessiteux, mais ceux dont les classes dirigeantes sont les plus proches des intérêts occidentaux, note l’enquête. En Côte d’Ivoire, de Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara, lui-même ancien directeur adjoint du FMI, la continuité est frappante.

Au Sénégal, le poids de la dette est illustré par le cas de la région aurifère de Kédougou, exploitée par la société canadienne Endeavour Mining. Selon AJ+, les mêmes sociétés d’investissement actionnaires d’Endeavour Mining détiendraient également des obligations souveraines sénégalaises, sur lesquelles l’État verse des intérêts pouvant atteindre 7,75 %, pour une dette d’environ 271 millions de dollars. Le Sénégal figure par ailleurs dans le top 10 des pays africains les plus endettés auprès du FMI, aux côtés de l’Égypte (près de 9 milliards de dollars), du Kenya ou du Ghana.

Lors d’un forum à Dakar le 11 mai 2026, l’économiste Demba Moussa Dembele a estimé que les solutions du FMI n’ont pas fonctionné depuis plus de 45 ans au Sénégal. Une opinion partagée par Ndongo Samba Sylla, qui voit dans le FMI un acteur politique au service des grandes puissances, incapable de restructurer équitablement les dettes puisqu’il est à la fois créancier et arbitre. Pour lui, l’Afrique doit reprendre le contrôle de ses ressources naturelles, cesser de s’endetter en devises étrangères et développer une coopération monétaire — sans forcément aller jusqu’à une monnaie unique — pour devenir un continent créancier.

En janvier 2026, le directeur Afrique du FMI défendait un rôle d’accompagnement technique et de financement d’urgence. Mais l’enquête d’AJ+ rappelle que trois pays africains n’ont jamais eu recours au FMI : la Libye sous Kadhafi et le Botswana, grâce à leur contrôle direct du pétrole et du diamant.

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