Le temps des chèques en blanc patriotiques semble révolu au Sénégal. La rivalité entre Kiiraay, le mouvement présidentiel, et le parti Pastef installe une nouvelle donne où le citoyen exige des résultats concrets.
Dans une tribune publiée par Xibaaru, l’analyste Aly Saleh décrypte cette mutation. Il observe que l’émergence de Kiiraay face au « colosse » Pastef ne relève pas d’une simple péripétie, mais signe la fin du « monopole patriotique ». Pendant des années, Pastef a incarné l’unique voix d’une jeunesse souverainiste. Aujourd’hui, l’exercice du pouvoir le confronte à la réalité des chiffres.
Kiiraay, lancé en juillet 2026 par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, s’engouffre dans cette brèche. Le mouvement rappelle que le patriotisme ne peut être une « marque déposée ». Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô avait d’ailleurs ouvert la voie, le 13 juillet 2026, en répliquant à Ousmane Sonko que « chercher à faire du patriotisme le monopole d’un seul camp revient à le trahir », un message appuyé par le proverbe wolof « Gàtt xël weesu wul ».
Pour Aly Saleh, ce duel à coups d’algorithmes et de concepts wolofs pousse Pastef à quitter sa posture de victime pour endosser celle d’un exécutif comptable de ses actes. Une saine émulation au sein du camp du changement, qui profite d’abord au citoyen. « Plus personne ne pourra se contenter d’agiter un drapeau pour exiger un chèque en blanc », écrit-il. Désormais, le patriotisme se prouve par la protection des vulnérables, la stabilité économique et le respect des libertés.
Cette reconfiguration ne fait pas que des heureux. Le Pr Moussa Diaw, enseignant-chercheur à l’UGB, analysait fin juillet 2026 que l’afflux d’adhésions vers Kiiraay relevait moins d’une conviction idéologique que d’une recherche d’opportunités politiques.
