Modernisation de l’administration, numérisation des procédures, évaluation des performances, gestion des ressources humaines et amélioration des conditions de travail : le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public, Mamadou Lamine Dianté, détaille les chantiers engagés par le Gouvernement. Il défend une administration davantage tournée vers les résultats et la satisfaction des citoyens, tout en plaçant les agents de l’État au cœur de la transformation.
La transformation du service public constitue l’une des priorités affichées par le Gouvernement. Pour Mamadou Lamine Dianté, ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public, la modernisation de l’administration ne peut se limiter à une réorganisation des structures ou à la numérisation des procédures. Elle doit avant tout se traduire par une amélioration concrète du service rendu aux citoyens.
« Ces trois dimensions sont indissociables : elles participent d’une même ambition, celle de transformer durablement l’administration pour mieux répondre aux attentes des citoyens et aux exigences du développement », explique-t-il, dans un entretien accordé à lesoleil.sn exploité par Senego, en évoquant la modernisation de l’administration, l’amélioration des conditions de travail des agents et la qualité des prestations publiques.
La priorité, insiste le ministre, demeure la satisfaction de l’usager, « raison d’être de l’administration ». Pour atteindre cet objectif, il estime nécessaire de moderniser l’organisation, les procédures et les outils de travail, tout en s’appuyant sur des agents compétents, formés, motivés et responsabilisés.
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Cette orientation s’inscrit dans la vision de l’Agenda national de Transformation – Sénégal 2050 et dans l’Agenda national de Transformation du Service public (ANTSP 2025-2029), élaboré à la suite des Concertations nationales. Ce programme prévoit notamment la modernisation du cadre juridique de la Fonction publique, la numérisation des démarches administratives, une meilleure anticipation des besoins en emplois et en compétences, ainsi que la réforme des systèmes d’évaluation et de rémunération.
« Il s’agit de faire évoluer l’administration vers une culture de la performance, des résultats et de la satisfaction des citoyens », souligne Mamadou Lamine Dianté. Dans cette dynamique, l’agent de l’État doit occuper une place centrale. « Aucune modernisation ne peut réussir sans son adhésion et son engagement. »
Le ministre résume cette ambition en une formule : « Nous voulons un service public moderne, performant, accessible et centré sur l’usager. Le citoyen est la finalité de notre action, la modernisation en est le levier et l’agent de l’État, l’acteur principal. » Pour assurer le suivi des réformes, un tableau de bord doit préciser les résultats attendus, le calendrier, les responsabilités et les indicateurs de suivi de chaque chantier.
Mesurer les résultats plutôt que les seules procédures
Cette transformation implique également de faire évoluer les méthodes de gestion de l’administration. Mamadou Lamine Dianté défend le passage d’une administration de procédures à une administration de résultats, sans pour autant remettre en cause les règles qui encadrent l’action publique.
Pour les agents, l’évaluation devrait reposer sur des missions clairement définies, des objectifs précis et des indicateurs mesurables. Les résultats obtenus, la qualité du travail, les délais, les compétences et le respect des obligations professionnelles seront notamment pris en compte.
À l’échelle des services, les indicateurs porteront sur les délais de traitement des dossiers, la qualité des prestations, l’utilisation des ressources et la satisfaction des citoyens. L’évaluation ne devra toutefois pas se limiter à un outil de contrôle. Elle doit aussi permettre de repérer les besoins de formation, d’accompagner les agents et de valoriser les résultats obtenus.
Le ministre envisage de commencer par l’expérimentation d’indicateurs communs dans quelques services pilotes, avant d’ajuster le dispositif en fonction des résultats et d’envisager sa généralisation.
L’audit des agents pour mieux répartir les effectifs
L’audit physique et biométrique des agents de l’État, lancé le 23 juin 2026, constitue un autre levier de cette réforme. Selon le ministre, l’opération se poursuit conformément au calendrier établi. La phase opérationnelle porte sur la vérification physique des agents et le relevé de leurs données biométriques.
Les informations recueillies sont centralisées et sécurisées avant leur rapprochement avec les systèmes de gestion des ressources humaines de l’État. Mamadou Lamine Dianté appelle toutefois à la prudence : il estime prématuré de conclure à l’existence d’anomalies tant que les vérifications ne sont pas achevées.
Au-delà du recensement, l’audit doit fournir une base fiable pour mieux répartir les personnels entre les administrations et les territoires. Les données consolidées seront croisées avec les besoins des services afin d’identifier les éventuels sous-effectifs et sureffectifs, d’orienter les agents vers les secteurs prioritaires et d’anticiper les départs à la retraite.
Cette démarche doit également permettre de mieux planifier les recrutements. Le ministère a commencé, en juillet 2024, à recueillir les besoins en ressources humaines des différents départements ministériels pour la période 2025-2029. Dans l’attente des résultats de l’audit, des autorisations spéciales de recrutement ont été accordées aux secteurs de l’éducation et de la formation, ainsi qu’à celui de la santé, en raison de déficits de personnel identifiés. Le Gouvernement a notamment annoncé le recrutement de 2 527 enseignants et de 2 500 professionnels de santé.
Le numérique pour simplifier les démarches des citoyens
La numérisation constitue l’un des principaux instruments de la modernisation voulue par le ministre. L’objectif est de réduire les déplacements, les délais et les formalités répétitives auxquels les usagers sont encore confrontés.
« Notre boussole est de faciliter la vie des citoyens sénégalais », affirme-t-il. À terme, les usagers devraient pouvoir s’informer à distance, déposer une demande, transmettre les pièces nécessaires, suivre leur dossier et recevoir une réponse en limitant les déplacements.
Pour y parvenir, Mamadou Lamine Dianté insiste sur un principe : simplifier les procédures avant de les dématérialiser. Il s’agit notamment de supprimer les étapes inutiles, de réduire le nombre de pièces demandées, de raccourcir les circuits de validation et d’éviter de réclamer aux citoyens des informations déjà détenues par l’administration.
La plateforme e-Sénégal s’inscrit dans cette logique, avec la volonté de proposer un point d’accès unifié aux démarches administratives. Cette orientation doit être articulée avec l’Agenda national de Transformation du Service public et le New Deal technologique.
Le ministre souligne cependant que la dématérialisation ne doit pas créer de nouvelles difficultés pour les personnes âgées, les personnes handicapées, les personnes peu alphabétisées ou celles qui vivent dans des zones mal connectées. Les services en ligne doivent donc rester complémentaires de l’accueil physique et de l’accompagnement de proximité.
De nouveaux textes pour protéger les travailleurs
La transformation de l’administration s’accompagne d’une réforme annoncée du Code du travail et du Code de la sécurité sociale. Selon Mamadou Lamine Dianté, ces textes visent à renforcer les droits des travailleurs, à moderniser le marché de l’emploi et à offrir aux entreprises un cadre juridique mieux adapté aux réalités économiques.
Le projet de nouveau Code du travail prévoit notamment de porter le congé de maternité à dix-huit semaines, de renforcer la lutte contre les discriminations, le harcèlement et les violences en milieu professionnel, ainsi que d’améliorer l’encadrement de la santé et de la sécurité au travail. Il intègre également de nouvelles formes d’organisation, dont le télétravail, ainsi que des dispositifs comme la rupture amiable du contrat, le contrat en alternance et le plan social en cas de restructuration.
Le projet de Code de la sécurité sociale prévoit, pour sa part, un élargissement de la couverture aux travailleurs indépendants et aux acteurs de l’économie informelle, grâce à des mécanismes simplifiés d’affiliation et de cotisation. Il doit également renforcer la protection contre les risques sociaux et mieux sécuriser les droits à la retraite.
Le ministre souhaite par ailleurs intégrer le télétravail dans le futur statut de la Fonction publique, tout en préservant les exigences de continuité, d’efficacité et de qualité du service public.
Conditions de travail et dialogue social
Pour Mamadou Lamine Dianté, l’amélioration du service rendu passe aussi par de meilleures conditions de travail pour les agents. Ses déplacements dans les services déconcentrés lui ont permis, selon lui, de constater les difficultés auxquelles certains personnels sont confrontés, notamment le manque de moyens et l’insuffisance des outils nécessaires à leurs missions.
Il plaide également pour le renforcement des effectifs et des moyens matériels, techniques et logistiques de l’Inspection du travail et de la sécurité sociale, afin d’améliorer sa présence sur le terrain et sa capacité à contrôler, conseiller et accompagner les travailleurs comme les employeurs.
Sur le plan de la rémunération, la généralisation de l’indemnité de logement est présentée comme une mesure déjà effective, représentant un effort budgétaire annoncé de 16 milliards de FCFA. La prochaine étape doit porter sur la finalisation de l’étude du système de rémunération des agents de l’État, avec pour objectif de renforcer sa cohérence et son équité, tout en tenant compte des capacités budgétaires.
Le ministre entend, dans le même temps, préserver le dialogue avec les organisations syndicales et patronales. Fort de son expérience à la tête du Haut Conseil du dialogue social, il considère la concertation comme une condition de réussite des réformes. « Une réforme discutée et comprise a davantage de chances d’être acceptée et efficace », estime-t-il.
Concernant les restructurations d’entreprises publiques et les licenciements intervenus dans certaines structures, dont La Poste, le Gouvernement examine, selon lui, les possibilités de réintégration lorsque celles-ci sont juridiquement possibles et économiquement soutenables, ou la mise en place de mesures d’accompagnement adaptées.
Au fil de ces différents chantiers, Mamadou Lamine Dianté défend une même ligne directrice : faire évoluer les méthodes de gestion, mieux utiliser les ressources humaines, simplifier les démarches et renforcer la protection des travailleurs. L’ambition affichée est de construire une administration plus efficace et plus accessible, dont la performance se mesure d’abord à la qualité du service effectivement rendu aux citoyens.





